Austérité et autorités publiques


 

L’austérité correspond à l’un des principaux moteurs de la réforme des politiques publiques, engendrant une transformation profonde du contenu de l’autorité publique depuis ces quatre dernières décennies en Europe occidentale, mais aussi à un discours politico-économique de justification et de légitimation de ces réformes, l’un et l’autre étroitement imbriqués. Politique et discours d’austérité visent ainsi à la mise en œuvre de politiques publiques de restriction de la consommation publique (les dépenses publiques de l’État) et de la consommation privée des classes sociales dites « inférieures et moyennes » (par la compression salariale ou la hausse de l’impôt sur la consommation [TVA]).

L’acception de « public » retenue dans cette notice renvoie dès lors au champ du fonctionnement de l’État qui, sous sa forme historique moderne d’État-nation, s’institue par un acte de « Constitution » écrite (et publique) comme une Autorité publique souveraine sur l’ensemble d’un territoire national stabilisé, doté ainsi d’une population « nationale » ayant acquis certains droits de citoyenneté (Cambier, 2004). Dans ce nouvel imaginaire politique, l’intérêt public général et l’ordre public portés par l’État sont supposés correspondre à l’intérêt de la nation et donc à celle de sa population. Pouvoir « public » ici s’oppose alors à pouvoir « privé » étant donné que sous la pression des luttes politiques et sociales menées par les classes les plus défavorisées de la population, l’État-nation a dû devenir de plus en plus « public », c’est-à-dire s’autonomiser, au moins partiellement, des « pouvoirs privés » (pouvoirs religieux, pouvoirs économiques dont le pouvoir capitaliste de propriété lucrative, pouvoirs militaires, etc., Ewald, 1986), pour acquérir un statut d’Autorité publique générale, disposant du pouvoir de limiter par la loi tout intérêt privé qui entrerait en contradiction avec ses projets d’intérêt public. Cette analyse appréhende alors la transformation de la nature de l’État (la seule autorité légitime ? Une autorité publique ou une autorité privée ? Une autorité démocratique ?) comme au cœur des luttes incessantes de pouvoir que se livrent les principaux acteurs constitués aux fins d’acquérir du (ou tout le) pouvoir.

L’austérité est étudiée ici comme un dispositif central dans le déploiement du néo-libéralisme (Dardot et Laval, 2009 ; Denord, 2016), lequel correspond à un tournant politique majeur, de type réactionnaire, conduisant à un changement de régime politique (Hermet, 2007) dans lequel le modèle de la démocratie s’étiole (Wahnich, 2015). En effet, la conception de l’Autorité publique subit une transformation fondamentale car elle est supposée, dans ce cadre, se mettre au service d’une remarchandisation radicale de toutes les sphères de la société, les désocialisant, les privatisant et/ou les ouvrant à la concurrence. L’austérité comme politique publique organise ainsi des transferts massifs – de pouvoirs et de richesses – de l’État et de sa population vers les acteurs des marchés capitalistes et ses classes bourgeoises, détentrices des diverses formes de la propriété lucrative. Cette analyse se situe dans la lignée des travaux de Pierre Bourdieu (1930-2002 ; 1998 ; 2001), Alain Supiot, Guy Hermet, Pierre Dardot et Christian Laval, Benjamin Lemoine quand ils étudient le néo-libéralisme comme une dynamique politique dont l’objectif majeur est de restreindre le champ des possibles démocratiques, assurant ainsi la stabilité permanente du processus de l’accumulation financière capitaliste.

Le terme austérité et son adjectif austéritaire sont essentiellement utilisés par celles et ceux (universitaires, analystes, militants de mouvements sociaux…) qui en font la critique, tandis que les gouvernements qui l’appliquent parlent d’assainissement des dépenses publiques et de modération salariale. Cette notice s’inscrit clairement dans une perspective de sociologie critique, du pouvoir et du discours du pouvoir, notamment dans le sillage de travaux scientifiques sur les discours austéritaires (Borriello, 2018 ; Gilbert et al., 2019).

La notice se structure en quatre parties : la première retrace de façon synthétique la contextualisation historique du développement du néo-libéralisme en Europe occidentale et la centralité de la référence à l’austérité dans cette nouvelle configuration idéologique, avec ses effets sur l’autorité publique de l’État ; la deuxième partie documente le rôle clé joué par l’Union européenne (UE) dans la diffusion des politiques et des discours austéritaires ; la troisième partie explique en quoi l’austérité grève non seulement les dépenses publiques, mais plus fondamentalement la conception même de la démocratie ; la dernière partie aborde les principales caractéristiques des discours austéritaires (lexique et argumentation) et les mécanismes qui en ont fait un « discours de vérité ».

N’est pas abordée la question de la réception des politiques et des discours austéritaires par les/des « publics », mais le fait que, en tant que discours et politique de l’État, l’austérité s’adresse à l’ensemble de la population. Il s’agit donc de pratiques publiques destinées au « public », au sens le plus large du terme dans son acception particulière de citoyens, contraints de respecter la loi.

 

Recontextualisation historique : l’austérité au cœur du néo-libéralisme et de la réforme de l’action publique

Le néo-libéralisme n’est pas resté une réaction théorique en chambre. Si les spécialistes fixent le « colloque Walter Lippmann » en 1938 comme un des moments clés de formalisation collective de cette nouvelle doctrine (Denord, 2016 ; Allard-Huver, 2019 ; Stiegler, 2019), les économistes qui l’adoptent, dont Friedrich Hayek (1899-1992) qui en sera un des plus importants promoteurs, firent un réel travail de prosélytisme à l’échelon international pour assurer sa diffusion dans le monde patronal et politique, dans le contexte de l’après seconde guerre mondiale et dans une dynamique d’opposition totale aux idées de John Keynes (1883-1946) (Dixon, 2008). Aux USA, sa légitimation passe aussi par l’attribution du « Nobel d’économie » aux travaux de Milton Friedman (1912-2006) en 1976. Cette date n’est pas le fruit du hasard. Le néo-libéralisme comme doctrine économique va servir de soubassement principal pour reconstruire la cohésion et l’offensive patronales contre le modèle keynésien qui nourrissait alors pour l’essentiel les programmes gouvernementaux de la reconstruction économique après la Seconde Guerre mondiale. Dans cette dynamique anti-keynésienne, le néo-libéralisme rejette le rôle économique central de l’État comme acteur autonome, voire antinomique, des « forces capitalistes du marché – en effet, le cadre keynésien pose justement l’économie comme politique, au service de grandes politiques publiques dont un des ressorts est de mieux répartir les richesses au sein de la population.

La dynamique du « compromis social-démocrate » de l’après-1945 (Marques-Pereira, 1990) a ainsi réalisé dans une large partie de l’Europe occidentale un modèle d’État social de services publics (Le Berre, 2017). Augmenter la fonction publique, les entreprises et services publics, les dépenses de sécurité et de protection sociales (en attribuant des droits à ressources) revient à consommer de façon immédiate et constante une part de plus en plus importante des richesses collectives, détournant ainsi largement ces ressources des circuits de l’accumulation financière. Un keynésianisme de plus en plus radical finirait par assécher la rente capitaliste : ceci constitue un premier front de combat néo-libéral.

Un deuxième front correspond à l’augmentation incessante des « agitations politiques et sociales », tant des anciens peuples colonisés que de la main-d’œuvre ouvrière révoltée contre les cadences et fragmentations des tâches dans les chaînes productives mécanisées (Friedmann, 1956) dont il s’agit de neutraliser les dynamiques d’autogestion, d’indépendance et d’autonomie qui déstabiliseraient les rapports de force en faveur du capitalisme (Gobin, 1988 ; 1997 ; 2020). D’autant plus que l’après-68 se prolonge notamment par des luttes syndicales pour la généralisation de la réduction du temps de travail sans perte de salaire à l’échelon européen (Gobin, 1993). Un troisième front s’ouvre quand, au début des années 1970, des gouvernements nouvellement élus à gauche (notamment en Allemagne) et la Commission européenne adoptent des programmes qui renforcent les droits du travail et les politiques sociales ainsi que culturelles (Gobin, 1998).

Quelle part resterait-il alors aux profits capitalistes (Confederation of European Business, 1975) face à une consommation publique et collective des richesses de plus en plus socialisées et produites dans des activités non lucratives ? Et comment discipliner des salariés devenus de plus en plus des « citoyens » par l’augmentation des temps et des droits d’émancipation sociale ? C’est dès lors en réaction à la fois contre l’accroissement des luttes sociales et ouvrières et contre l’extension démocratique (via une extension du modèle de l’État social de services publics) que le monde patronal des pays industrialisés va s’investir dans divers think tanks (e.g. création du forum de Davos en 1971, de la Commission trilatérale en 1973) pour y préparer un nouveau programme offensif de reconquête de la propriété lucrative en mobilisant très largement les thèses néo-libérales (Moden et Sloover, 1980 ; Souyri, 1983 ; Boyer, 1986). Ce programme patronal sera diffusé dans les sphères politiques pour devenir peu à peu un programme gouvernemental avec la mise en place des premiers gouvernements néo-libéraux, fin des années 1970, début des années 1980. Il s’agit, pour l’Europe occidentale des gouvernements de :

  • Margaret Thatcher (1925-2013) en 1979 (Royaume-Uni) ;
  • Wilfried Martens (1936-2013) en 1981 (Belgique) ;
  • Ruud Lubbers (1939-2018) en 1982 (Pays-Bas) ;
  • sans oublier le virage néo-libéral du gouvernement de Pierre Mauroy (1928-2013) en 1983 (France).

 

De haut en bas : Margaret Thatcher et Ruud Lubbers (1983). Source : Wikimedia, Dutch Na-tional Archives (CC0 1.0). Wilfried Martens (2010) présente son livre Europe: I Struggle, I Overcome au Centre for Euro-pean Studies (CES). Source : Wikimedia (CC BY 2.0) Pierre Mauroy (gauche) remet la Légion d'honneur au promoteur du tourisme social Jean Faucher (droite), 1983.

De haut en bas : Margaret Thatcher et Ruud Lubbers (1983). Source : Wikimedia, Dutch National Archives (CC0 1.0).
Wilfried Martens (2010) présente son livre Europe: I Struggle, I Overcome au Centre for Euro-pean Studies (CES). Source : Wikimedia (CC BY 2.0).
Pierre Mauroy (gauche) remet la Légion d’honneur au promoteur du tourisme social Jean Faucher (droite), 1983. Source : Wikimedia (CC BY-SA 3.0).

 

Cette diffusion rapide, du patronat vers les dirigeants et responsables politiques, a bénéficié du contexte particulier des crises dites « pétrolières » des années 1970. Bien qu’elles soient réelles, l’historiographie officielle surévalue en réalité leur incidence économique (Souyri, 1983), mais surtout, en en faisant une explication monocausale de nature spécifiquement économique, elle masque et délégitime l’ensemble des tensions sociétales et des conflits politiques particulièrement aigus de l’après-68.

Cette narration officielle de la « crise » comme « crise économique » qui oblige à tout changer, en étant par ailleurs dépouillée de toute explication politique, va alors servir de fer de lance pour organiser « le tournant néo-libéral » (Jobert, 1994). L’argument central au cœur de sa diffusion est la lutte contre l’inflation qui aurait été provoquée, certes par l’augmentation des prix du pétrole, mais surtout par une hausse « incontrôlée » des salaires, liée notamment au pouvoir de négociation syndicale et par une « gabegie » des dépenses publiques se traduisant par des dettes publiques dites « excessives ». Il s’agissait en fait d’extraire « le politique » des décisions de type économique (neutraliser le pouvoir syndical ; restreindre la fonction de l’État social en tant que redistributeur des richesses collectives) pour libérer d’une part « les forces du marché », posées comme entravées par un excès d’action politique dans l’économie et d’autre part pour réorienter la masse monétaire – dont la production et la circulation devraient en outre être étroitement surveillées (pour appliquer la doxa du monétarisme de M. Friedman) – vers des dépenses dites « productives », c’est-à-dire utiles au développement de l’hégémonie de l’économie capitaliste. Parce que la monnaie en tant que finance publique est à la fois le symbole et le moteur de la souveraineté et du pouvoir de l’action publique de l’État, le néo-libéralisme fit de l’austérité un axe central de son programme de refonte global de la société.

La diffusion rapide du programme néo-libéral éclaire également l’existence des liens très étroits (dont familiaux) au sein de la bourgeoisie entre responsables politiques et responsables économiques, avec le passage constant de responsables entre ces deux sphères (Pinçon et Pinçon-Charlot, 2016 ; Geuens, 2003). Comme l’imaginaire néo-libéral réduit la société à n’être qu’une « économie de libre-échange », la fonction « d’économiste » au sein d’un gouvernement, ou à son service pour l’éclairer, devient aussi un des principaux vecteurs de sa légitimation – pour la France, voir le rôle de personnalités comme Raymond Barre (1924-2007), Alain Minc ou Jean Tirole.

Au fur et à mesure de la banalisation des conceptions néo-libérales dans les politiques publiques nationales sous la forme du new public management, l’orientation austéritaire va aussi devenir un des piliers de la relance de la construction européenne.

 

Une Union européenne austéritaire

Le projet de reconquête globale de toutes les sphères sociales pour les assujettir aux logiques de la propriété lucrative va progressivement devenir le nouveau programme de « développement » défendu par les « experts » des organisations économiques internationales telles que l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale (BM).

À l’échelon des Communautés européennes (CE), le tournant est pris avec l’adoption le 14 juin 1985 du Livre blanc sur l’achèvement du marché intérieur (Commission des Communautés européennes, 1985). Il s’agissait de supprimer toutes les entraves possibles à la libre circulation des capitaux, des marchandises, des services et de la main-d’œuvre, au sein de l’espace économique formé par l’ensemble des pays membres des CE, et de faire de ces quatre « libertés » commerciales les valeurs fondamentales des sociétés humaines auxquelles les autres principes devraient se soumettre. Dans cette logique, le domaine du droit social et du droit du travail devrait perdre ses tensions antinomiques avec « les forces du marché » pour devenir au contraire une dimension au service de la réalisation du « grand marché européen ». La chute du mur de Berlin en 1989, et l’effondrement de l’empire soviétique qui suivit, vont stimuler et accélérer encore davantage ce projet européen de reconquête des « forces du marché » qui sera assimilé à un déploiement renforcé « des dynamiques démocratiques », à offrir, après une période transitoire, aux pays d’Europe centrale et orientale, libérés du communisme soviétique. L’extension du marché fut ainsi largement assimilée, au sein des organisations économiques internationales et de l’Union européenne, à l’extension de la démocratie.

La nouvelle UE, issue du Traité de Maastricht de 1991, institue une banque centrale européenne (BCE) indépendante des pouvoirs politiques. Ceci consacre une nouvelle hiérarchie qui invalide le pouvoir politique dans le contrôle de la monnaie, change le contenu politique de celle-ci et bouleverse de fond en comble le concept de finances publiques. Le rôle principal de la BCE n’est pas d’être au service de l’État et de ses besoins collectifs, mais d’anticiper les besoins des marchés financiers, en assurant notamment une situation de basse inflation (stabilité des prix, Gobin et al., 2004).

L’UEM consacre ainsi la mise en place tant d’une austérité budgétaire (dictée par les critères de convergence sur le contrôle du déficit public et de la dette publique) que d’une austérité salariale (dictée par le respect des grandes orientations de politiques économiques (GOPE). Cette logique de double austérité sera renforcée en une sorte d’« austérité perpétuelle » par la réforme de l’UE en un système de nouvelle gouvernance économique (mis en place entre 2010 et 2013), dont le processus du Semestre européen fait perdre la souveraineté politique nationale des États, de leurs administrations, de leurs entités politiques régionales et communales, et de leurs parlements, dans la fabrication et le contrôle de leurs budgets publics (Degryse, 2012 ; Gobin, 2014). La gestion de la dette publique, dans un contexte où les États ont perdu leur souveraineté monétaire et sont dès lors obligés de se financer en forte dépendance des marchés financiers, est ainsi devenue un mécanisme clé dans l’accroissement des revenus du capital (Lemoine, 2022).

Cette « privatisation » du pouvoir politique (Gobin, 2002) a eu d’autant plus de facilité à se développer à cet échelon que la Communauté européenne, dès son démarrage en 1958, s’institue essentiellement en un espace de libres échanges commerciaux qui stimule le développement des think tanks, des lobbys et des réseaux d’experts de l’activité économique (Courty, 2019), et organise leurs rapports étroits avec son personnel politique et administratif (Corporate Europe Observatory, 2000). En outre, sa Cour de Justice décrète très tôt que la force juridique des règles européennes est supérieure à celles des lois et des Constitutions nationales (CJCE 15 juillet 1964, arrêt Costa contre Enel).

Sur le plan discursif, les grandes orientations de politiques économiques, élaborées régulièrement par la Commission européenne et adoptées par le Conseil européen depuis 1993, peuvent être considérées comme un discours constituant et constitutif du néolibéralisme, et de la politique austéritaire, dans le contexte particulier de l’UE et de la gestion de l’UEM. Les budgets publics et les salaires y sont définis comme des indicateurs macro-économiques clés à surveiller en permanence afin de satisfaire les marchés financiers. Ce type de discours est particulièrement remarquable par la disparition des acteurs politiques comme sujets des énoncés. L’économie semble s’être autonomisée et être régie par de grandes dynamiques qui pourraient s’identifier à des automatismes harmonieux si, de temps à autre, les comportements politiques « inadéquats » ne venaient pas les perturber – d’où la nécessité des GOPE pour éclairer et définir la voie à prendre (Gobin, 2019).

« Le manque de crédibilité des politiques budgétaires a largement contribué aux turbulences monétaires du printemps 1995, a sapé la confiance économique et a conduit les marchés financiers à douter des chances de réaliser l’objectif communautaire de passage à la monnaie unique ». (Conseil de l’Union Européenne, 1996).

Comme il n’existe plus qu’une seule voie à suivre, ces textes regorgent d’un lexique de la « binarité », supposé classer les comportements politiques des gouvernements en « efficace/inefficace », « adéquat/inadéquat », « approprié/inapproprié », « essentiel/non essentiel », « utile/inutile »… Et au cœur de l’argumentation vient se loger le lexique de la « nécessité » d’appliquer les orientations énoncées (celles-ci sont « nécessaires », « indispensables », « fondamentales », « prioritaires ») (Gobin, 2019). Ce discours programmatique fonctionne dès lors comme un « discours de vérité » : il dispose de l’autorité nécessaire (Oger, 2021) pour être un discours appliqué qui dit « la vérité », l’anticipe, la fabrique et la réalise. Car le néo-libéralisme se constitue et se développe sur la base d’une visée hégémonique : être la nouvelle, et seule, raison du monde (Dardot et Laval, 2009). La force, politique et sémantique, de l’ensemble discursif produit par l’Union européenne est d’autant plus grande que s’y opère une puissante homogénéisation lexicale (et donc des idées) par la traduction systématique des textes législatifs dans les 24 langues officielles des États membres de l’Union. Un même lexique, et les mêmes conceptions de « politiques publiques », circulent ainsi dans un espace composé de 447 millions d’habitants.

 

Austérité et dégradation profonde du fonctionnement démocratique

En tant que projet politique, le néo-libéralisme avait pour principal objectif de rendre à nouveau le capital le « plus profitable possible », en reconfigurant en profondeur les hiérarchies sociétales. Et il a abouti. Ainsi, dans le nouvel ordre économique international, dont l’Organisation mondiale du commerce (OMC) est une des matérialisations, un État peut-il être traduit en justice, et condamné à payer de lourdes amendes, si une de ses politiques publiques contrarie directement les intérêts financiers privés d’une firme ou même d’un seul actionnaire : les multiples accords bilatéraux sur l’investissement, nouvel avatar du néo-colonialisme, consacrent ce nouveau pouvoir de « l’investisseur » (Deroubaix, 2003) et consolident un vaste réseau de cours d’arbitrage commercial internationales, détachées de toute « loyauté » envers l’autorité publique. L’intérêt privé, capitaliste, est ainsi consacré comme prioritaire et devient dès lors en quelque sorte le « nouvel intérêt général », l’État et toute autre autorité publique, y perdant leur suprématie.

La survalorisation de la rente financière, notamment exprimée par le renouveau des Bourses financières dès le début des années 1980 et leur transformation en une sorte de « nouvelle météo quotidienne », les médias égrenant chaque jour l’évolution des valeurs cotées en Bourse, n’a pas seulement abouti à la dévalorisation du pouvoir de l’État (également visible par le poids acquis par les Agences de notation qui ont toute autonomie pour décider de la « fiabilité » d’un État à rembourser sa dette auprès des créanciers privés), elle a aussi transformé les salariés – qui dépendent de leur seule force de travail, et donc d’un « emploi » – en « charges » insupportables pour l’entreprise, à ce point que les États ont dû inventer de nouvelles politiques d’aides aux entreprises pour l’engagement de salariés (emplois « aidés », aides pour le premier emploi, diminutions des cotisations sociales de sécurité sociale pour faciliter l’embauche, Clasquin et Friot, 2013). Symboliquement, ceci revient à occulter que c’est le travail humain qui est à l’origine de la production de la richesse économique, réhabilitant alors la fable de la « génération spontanée » du capital, que l’on retrouve régulièrement énoncée dans les slogans et publicités bancaires (e.g. « Votre argent travaille pour vous »). L’adulte en tant que travailleur se voit ainsi très largement déqualifié et disqualifié. D’où l’importance du thème de la formation tout au long de la vie dans les programmes gouvernementaux renvoyant à une vision de la qualification professionnelle comme n’étant jamais acquise (Gobin, 2007) – ce type d’argument justifie d’autant plus la pression générale à la baisse appliquée sur la masse salariale.

Mais l’adulte en tant que citoyen est tout autant disqualifié car si le travailleur n’est pas assez formé ou bien formé, le citoyen, lui, de plus en plus réduit à sa seule fonction d’« électeur », n’est pas plus « performant » : selon certaines autorités publiques, un trop grand nombre d’entre eux aurait ainsi tendance « à mal voter », ne parvenant pas à comprendre qu’il faut voter utile pour les marchés. B. Lemoine (2022) illustre la dépréciation du choix démocratique des candidats aux élections françaises en relevant que certains sont stigmatisés dans une partie des médias à cause du risque qu’ils feraient courir de « déstabiliser les marchés financiers » en cas de victoire. C’est ainsi que le syntagme « risque Mélenchon » fut diffusé lors des élections présidentielles françaises de 2017 et de 2022 dans des journaux proches des milieux patronaux. En effet, pour les journalistes qui diffusent l’expression, ce candidat représenterait un « risque pour l’économie » si son programme était appliqué, d’autant plus que sa seule « percée » dans les sondages affolerait déjà les marchés boursiers.

Bien entendu, ceci remet directement en cause la nature même de la démocratie, fondée tant sur le respect du libre arbitre de l’électeur que sur la forte pluralité des projets de société incarnés par la diversité politique des candidats. En voulant transformer la société en une vaste administration « rationnelle » de l’économie où tout problème (tant nouveau qu’ancien) doit voir sa solution nécessairement réglée à travers les mécanismes des marchés concurrentiels, le politique (en tant que liberté du choix et de la décision) tend à être aboli. L’administration des choses semble avoir remplacé les incertitudes liées au gouvernement des hommes, abolissant du coup la légitimité du droit démocratique à l’autodétermination des peuples.

De surcroît, l’obsession de la dépense dite « efficace » a instauré la pratique d’un « esprit comptable » dans la gestion de l’ensemble des institutions publiques ou de missions publiques (administrations publiques, hôpitaux, universités, transports en commun), qui se traduit par la fixation d’objectifs chiffrés de compression et de réorientation des dépenses, ou de « performances productives » ; ceci marginalise de facto les raisons politiques, dont la raison démocratique, qui devraient justifier les existences et les politiques des grandes institutions publiques. Aujourd’hui, toute décision semble être conditionnée en premier ordre par son impact (négatif) sur un budget. Cécile Robert (2021) parle ainsi de la « dépolitisation » de l’action publique, tandis qu’A. Supiot (2015) a qualifié cette approche de « gouvernance par les nombres ».

Il ne faut en outre pas perdre de vue que l’exercice de l’austérité par les gouvernements correspond à une pratique déjà longue de plus de quatre décennies ; l’ensemble des réformes qui se sont succédé en continu sous ce motif ont délabré en profondeur l’esprit et la pratique démocratiques des autorités publiques, les effets délétères des premières réformes accentuant les effets des suivantes en un continuum de délabrement. Le « public » en a été profondément chamboulé : que les anciens services et/ou entreprises publics aient été privatisés ou libéralisés, leur motivation – « faire du chiffre » (à la fois, augmenter les bénéfices et diminuer les dépenses) – est entrée en collision directe avec leur mission politique originelle (offrir un accès à tous aux services fondamentaux permettant de mener une existence autonome et protégée de la pauvreté). Face aux multiples contestations sociales liées à ce changement du rôle de l’État, ce dernier a redéveloppé ses fonctions pénales et policières (Wacquant, 2009), devenant de moins en moins l’État démocratique de tous pour s’exprimer de plus en plus comme l’État au service de la bourgeoisie capitaliste.

Et les politiques austéritaires ont effectivement réalisé leur finalité : produire de l’inégalité sociale, en organisant un vaste processus de distribution des ressources monétaires « à l’envers », de l’État et des classes sociales populaires (notamment à travers des politiques fiscales inégalitaires) vers les « classes supérieures » bourgeoises, détentrices de façon de plus en plus exclusive des leviers de l’accumulation financière ainsi que du pouvoir d’arbitrage entre « salaires » et « profits » (Husson, 2000 ; Friot, 2012 ; Lemoine, 2022). Les écarts entre les plus riches et les plus pauvres s’élargissent ainsi chaque année (Chancel et al., 2022).

D’un côté, les détenteurs des grandes fortunes voient leurs revenus et leur patrimoine s’accroître sans cesse, formant une nouvelle caste mondialisée de nantis et de puissants – une oligarchie –tandis qu’à l’autre bout s’élargit la masse de celles et ceux qui n’arrivent plus à couvrir les besoins ordinaires de l’existence, même en ayant un ou deux emplois au sein d’une famille. Le mouvement des Gilets jaunes qui a marqué l’actualité française (mais aussi belge) en 2018 et 2019 a été particulièrement représentatif de la réalité de cette fracture sociale (Jeanpierre, 2019 ; Mercier, 2020). Ainsi le risque de pauvreté ou d’exclusion sociale atteignait-il un taux de 22,5 % de la population globale de l’UE en 2017 (17,1 % pour la France, mais 26,6 % en Espagne et 28,9 % en Italie ; Commission européenne, 2008).

 

Argumentation et discours austéritaires

La mise en hégémonie d’un nouvel imaginaire politique représente un travail monumental de pressions transformatrices sur le langage et les idées. Étalé sur les quatre dernières décennies, ce processus se traduit par l’apparition d’un nouveau stock lexical, massif, pour qualifier et expliquer ce qu’est une société et comment elle doit être administrée. Dans une dynamique de conquête sémantique, ces nouveaux mots et syntagmes entrent directement en concurrence avec les anciennes catégories de description et d’analyse du politique, en les évacuant de la parole. Ce phénomène est parfaitement perceptible et documenté (Rist, 2002 ; Durand, 2007), d’autant plus si l’on pratique une statistique lexicale sur de grands corpus chronologiques de discours institutionnels produits par des instances de pouvoirs politiques (Gobin et Deroubaix, 2009 ; Leterme, 2016 ; Fecteau, 2020).

Cette transformation lexicale s’accompagne de changements profonds dans la logique politique du pouvoir et donc dans son argumentation : si les travaux réalisés sur les pratiques discursives liées à la propagation du néo-libéralisme montrent aisément qu’il y a des discours néo-libéraux – et non un discours néo-libéral –, qui s’adaptent au contexte institutionnel et social-historique du lieu précis du pouvoir (et de ses contraintes particulières) où ils prennent corps, des registres discursifs typés, liés à l’essence même du néo-libéralisme, sont parfaitement décelables et participent à sa force persuasive particulière. Retenons notamment :

  • une construction comme un « discours-expert » (Cussó et Gobin, 2008 ; Gobin, 2010 ; Rist, 2002), truffé de termes à résonance technique (soutenabilité, durabilité, viabilité, taux de dépendance, risque de longévité…), construit sur la base d’une « démonstration » où l’on expose le problème, ses causes, ses conséquences, ses gravités (mises en scène comme intenses et pesantes sur le futur de l’humanité, e.g. la « bombe démographique ») et la solution pour y faire face ; celle-ci passe alors par une réforme profonde des institutions existantes, et ceci sans aucune référence à des débats et enjeux politiques contradictoires ou à de quelconques doutes ou incertitudes sur la solution proposée (Monte et Oger, 2015) ;
  • une légitimité basée sur la « force de l’évidence » (Guilbert, 2011) et « la force des idées simples » (Lordon, 2000) ; accompagnés le plus souvent de statistiques (dans une dynamique de validation par le chiffre), ces discours semblent reposer sur une argumentation qui « coule de source » ; ainsi, cette légitimité semble reposer sur une simple logique de « bon sens », incarnant une « pleine rationalité » fondée le plus souvent sur des analogies qui paraissent aller de soi (e.g. le budget familial équilibré « d’un bon père de famille » comme modèle de l’idéal pour le budget de l’État) ;
  • le développement d’une « langue de coton » (Huyghe, 1991; Gobin, 2010) présentant des objectifs à vocation consensuelle, basés sur des « formules » générales et floues qui fonctionnent comme des neutralisateurs de conflits (Krieg-Planque, 2010 ; Oger, 2021) ; de la sorte, les imprécisions et les consonances positives qui en émanent empêchent une opposition et une réfutation aisées (développement durable, croissance pour l’emploi, assainissement des finances publiques, économie neutre en carbone, vieillissement actif, cité intelligente).

C’est ainsi que l’imposition de l’austérité, qui renvoie à l’idée de « l’anormalité » de la dette publique et de l’augmentation salariale a reposé dès l’origine sur quelques arguments « simples ».

Certains sont toujours mobilisés une quarantaine d’années plus tard. Concernant le salaire, un des arguments majeurs pour réduire la masse salariale au profit des revenus du capital repose dès la fin des années 1970 sur un slogan attribué au chancelier allemand, Helmut Schmidt (1918-2015) : « Les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après-demain ». Cet argument fut central pour légitimer les politiques de compression des salaires et met en scène un « troc » qui s’est avéré en grande partie efficace dans la neutralisation des directions syndicales face aux réformes néo-libérales (Dufresne, 2010) : il suffisait d’être patients, et au bout du compte, les restrictions salariales (et de cotisations sociales) se mueraient en « emplois » et en « croissance ». Pourtant, Michel Husson (2000) a démontré que l’accroissement continuel des profits n’a guère servi à accroître les investissements productifs, ceux-ci restant globalement constants, tandis que la qualité des emplois disponibles se dégradait très sensiblement. Malgré l’effet d’annonce, l’autorégulation du capital ne déboucha pas sur un nouveau « cercle vertueux » de distribution générale des ressources. Ce qu’on appelle désormais « théorie du ruissellement », qui pose comme automatique le fait que l’enrichissement de plus en plus marqué des « classes sociales supérieures » finira par alimenter une circulation équilibrée des ressources dans l’ensemble de la population, reste un mythe.

Du côté de la restriction des dépenses publiques, l’argument central repose sur la métaphore qui identifie l’État à « un bon père de famille », soucieux de l’équilibre du budget de son ménage, refusant la voie de « l’irresponsabilité » en veillant à ne plus être « trop généreux » – on note ici à nouveau le travail de dépolitisation dans lequel excelle le néo-libéralisme, l’État étant assimilé à un « individu » et le keynésianisme à un « comportement inadéquat » qui a débouché sur un profond « déséquilibre ».

Une autre métaphore largement utilisée est celle qui associe l’État à une entreprise, qui risquerait d’être en faillite. Dès lors, l’État devrait, par mesure préventive, élaborer des politiques de finances publiques lui permettant d’engendrer des « excédents budgétaires ». C’est sur cette analogie (qui est de facto un oxymore à l’échelle d’une autorité publique) que le Traité sur la stabilité, la coopération et la gouvernance (TSCG) repose pourtant, obligeant depuis 2013 les États à inscrire les principes de l’équilibre (au minimum) et de l’excédent budgétaire (comme idéal), au niveau de la règle juridique la plus élevée possible, et si possible à un niveau constitutionnel. Or, un État étant pérenne, constituer des « réserves » dans le cadre d’une comptabilité nationale annuelle correspond à détruire de la richesse collective, en refusant de l’investir publiquement. Les discours austéritaires ont été ainsi à nouveau mobilisés et renforcés (Borriello, 2018 ; Guilbert et al., 2019) à tous les échelons des autorités publiques (nationales et infranationales).

In fine, la « méta-pensée » de l’austérité repose principalement sur l’idée que les ressources collectives sont insuffisantes et qu’il faut donc les réserver strictement à ce qui est « productif » – en réalité à ce qui va générer au plus fort et au plus vite des rendements lucratifs. On mesure alors d’autant plus la force de ces discours d’autorité que les richesses collectives globales produites par le travail n’ont jamais été historiquement aussi élevées, les produits intérieurs bruts (PIB) doublant en général en une trentaine d’années dans la plupart des pays d’Europe occidentale depuis l’après 1945. L’austérité, comme pratique et discours des autorités publiques, relève ainsi d’un paradoxe redoutable : décréter le « manque », et déclarer la nécessité de la vertu d’une vie austère, pour les institutions publiques de l’État et la grande majorité des populations, alors que le niveau actuel des plus grandes fortunes personnelles dépasse pour nombre d’entre elles le niveau des PIB de plus de la moitié des 197 États reconnus par l’ONU.


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Auteur·e·s

Gobin Corinne

Groupe de recherche Acteurs internationaux et discours Fonds national de la recherche scientifique/Université de Liège Université libre de Bruxelles (Belgique)

Citer la notice

Gobin Corinne, « Austérité et autorités publiques » Publictionnaire. Dictionnaire encyclopédique et critique des publics. Mis en ligne le 07 juin 2022. Dernière modification le 08 juin 2022. Accès : http://publictionnaire.huma-num.fr/notice/austerite-et-autorites-publiques.

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