Barthes (Roland)


Public, doxa et mythe

 

Écrivain et sémiologue français, Roland Barthes (1915-1980) est une figure influente du paysage intellectuel des années 1960-1980 marquées, notamment en France, par la pleine ébullition des sciences humaines et sociales (SHS). Inscrites, entre 1960 et 1970, dans le mouvement européen du structuralisme qui s’appuie sur le modèle de la linguistique saussurienne, les SHS opèrent un tournant linguistique, c’est-à-dire un virage méthodologique qui privilégie l’analyse du langage pour élucider les questions philosophiques. Il consiste essentiellement « en une activité dont le but est de « reconstituer un “objet”, de la façon à manifester dans cette reconstitution les règles de fonctionnement (“les fonctions”) de l’objet » (Barthes, 1964 : 214). Et si le structuralisme s’étend ensuite à d’autres domaines, il ne s’agit plus d’analogie car ce n’est pas simplement pour instaurer des méthodes dites « équivalentes » à celles qui ont d’abord réussi dans l’analyse du langage.

Roland Barthes. Source : wikimédia (CC BY-SA 4.0).

Roland Barthes. Source : wikimédia (CC BY-SA 4.0).

 

R. Barthes a un parcours et une carrière d’enseignant affectés par le manque des titres universitaires et par des ruptures d’activités dues à de longues périodes en sanatorium pour soigner une tuberculose. Malgré une trajectoire académique atypique, il est nommé en 1977 professeur au Collège de France, en occupant la chaire « Sémiologie littéraire » entre les années 1977 et 1980. Il y propose les cours suivants : « Comment vivre ensemble », « Le Neutre » et « La Préparation du Roman ». Son enseignement dans cette institution est brutalement interrompu par son décès, le 26 mars 1980 et ces cours seront publiés à titre posthume aux éditions Le Seuil (2002a ; 2002b ; 2015a).

La pensée barthésienne est rarement saisie sous un seul angle. Selon Michel Foucault (1926-1984 ; 1994 : 789), il est l’un des rares auteurs dont l’œuvre ouvre une possibilité infinie de discours. Sociologue, sémiologue, ethnologue, philosophe et critique à la fois, R. Barthes ne fut ni entièrement l’un ni complètement l’autre. Cependant, ce qui rassemble peut-être ces différentes approches, en raison d’une curiosité sans cesse attentive aux appels du monde, du temps, c’est son goût pour analyser les signes de la vie quotidienne. Face à la multiplicité de livres et de sujets traités, « il donnait l’impression de pouvoir produire des idées à propos de tout » (Sontag, 2013 : 207). Dès lors qu’un sujet pouvait donner à penser et qu’il avait pénétré dans son champ d’attention, « il y avait toujours quelque grille fine où faire entrer le phénomène » (ibid. : 207).

Si l’œuvre est souvent évoquée à propos des études en littérature et en critique littéraire, le nom Barthes est aussi attaché aux SHS du fait que sa première consécration académique fut son entrée , en 1960, comme chef de travaux à la 6e section de l’École pratique des hautes études en « sciences économiques et sociales ». Cela continue puisque en 1962 il devient directeur d’études en « sociologie des signes, symboles et représentations ». Il participe à la fondation du Centre d’études des communications de masse (Cecmas) sous la direction du sociologue Georges Friedman (1902-1977) dans les années 1960 et contribue activement aux travaux de ce centre (Samoyault, 2015 : 289). Au sein de celui-ci, il fonde en 1961 aux côtés du sociologue Edgar Morin et de G. Friedman la revue Communications.

 

Couverture de l’ouvrage biographique de T. Samoyault (2015).

Couverture de la biographie par T. Samoyault (2015).

 

Si la question du public n’apparaît pas de manière explicite dans l’œuvre barthésienne, elle est cependant souterraine à sa pensée et sous-jacente à son texte. D’où deux interrogations sur la constitution des publics et la relation aux publics chez R. Barthes : comment le public et ses lecteurs fidèles reçoivent-ils ses œuvres ? Quelle résonance le public produit-il en tant qu’objet de réflexion dans la pensée du sémiologue ?

 

Roland Barthes et ses publics

R. Barthes a d’abord trouvé une partie de son public, auprès d’un cercle de lecteurs assidus avec lequel l’auteur entretient un rapport intellectuel affectif. Sa renommée, progressivement construite dans les milieux intellectuels ou dans les cercles littéraires, est attestée par le nombre considérable de ses textes parus dans des hebdomadaires et des quotidiens. Par une pratique de publication dans des revues parfois non académiques, il arrive à toucher une audience diversifiée. D’ailleurs, plusieurs de ses ouvrages ont été élaborés suivant le principe presque systématique de se faire d’abord lire dans une revue ou de se faire entendre lors d’un séminaire ou d’un cours. La pensée barthésienne opère selon cette double détente pour atteindre de nouveaux lecteurs. Tel est notamment le cas des premiers ouvrages. Par exemple, les chapitres du Degré zéro d’écriture ont d’abord été publiés dans le quotidien Combat; quant à Mythologies, des pages en sont parues entre 1954 et 1956 dans la chronique « Petite mythologies du moi » de la revue Les Lettres Nouvelles, créée en 1953 et dirigée par Maurice Nadeau (1911-2013). Ainsi, au moins 28 composantes des Mythologies trouvent-elles leurs sources dans la presse quotidienne et hebdomadaire. Ces chroniques révèlent le talent d’un auteur attentif à percevoir dans le discours de presse la façon dont les énoncés sont porteurs de nouvelles mythologies propres à son époque.

Dans la première moitié des années 1950, les idées du chercheur ont un fort écho dans certains secteurs des études littéraires. Il suffit de se rappeler les désaccords autour de Sur Racine. Paru en 1963, cet ouvrage porte sur une nouvelle perspective d’interprétation du texte littéraire, une nouvelle façon d’en parler comme le suggère déjà le titre (parler sur Racine et non plus de Racine). Dans ce recueil de trois études, R. Barthes renverse les concepts et les formes traditionnelles de la compréhension et de l’interprétation le sens du texte et provoque la colère d’un public de spécialistes de la critique littéraire du XVIIe siècle, soucieux de retrouver dans le texte l’expression du sens et non son interprétation.

Si, d’un côté, R. Barthes trouve de plus en plus de résonance auprès d’un public savant, d’un autre côté, il va falloir attendre les années 1970 pour qu’il atteigne une audience plus large. Avec la parution de Fragments d’un discours amoureux, consacrées au discours du sujet amoureux, le sémiologue arrive à se faire remarquer par un public-lecteur jusque-là resté éloigné de ses œuvres précédentes à caractère plus théorique. Entre ces deux publics et leurs espaces de réception respectifs, le public étudiant des séminaires à l’École des hautes études en sciences sociales, occupe une place particulière. Composé d’étudiants venant de divers horizons pour mener des recherches sous la direction du sémiologue, ce public fidèle bien que peu nombreux, entretient un rapport d’amitié souvent étroite avec lui.

À partir des années 2002 – plus de vingt ans après la mort de l’auteur – l’audience de celui-ci augmente grâce à la nouvelle édition des Œuvres complètes revue, corrigée, présentée par Éric Marty (Barthes, 1993). Le lectorat s’élargit encore avec la publication de cours et séminaires tels que : Comment vivre ensemble, cours et séminaires au Collège de France (1976-1977), La Préparation du roman. Notes de cours au Collège de France (1978-1979 et 1979-1980), Sarrasine de Balzac. Séminaires à l’École pratique des hautes études (1967-1968 et 1968-1969) et Lexique de l’auteur. Séminaires à l’École pratique des hautes études (1971-1974). Il se renouvelle aussi avec des textes inédits, à caractère autobiographique et dévoilant une certaine intimité comme Incidents (1984), Journal du deuil (2009), Roland Barthes Albums (2015b).

Multiple, l’œuvre de R. Barthes reste d’actualité. En France et ailleurs, d’aucuns veillent à la diffusion de la pensée barthésienne en multipliant les colloques, les traductions et les études de réception. En 2015, lors des manifestations commémoratives consacrées au centenaire de naissance de l’auteur, on constate que son public se rajeunit et se diversifie aux quatre coins du monde. Tout cela atteste de la vitalité de sa pensée et du renouvellement de son audience comme en témoignent les parutions posthumes et les nombreux ouvrages critiques commentant ses œuvres.

Première édition posthume des œuvres complètes de R. Barthes (1993)

Première édition posthume des œuvres complètes de R. Barthes (1993)

 

Public et doxa

Malgré l’absence d’une conceptualisation de la question du public chez R. Barthes, celle-ci peut être considérée comme un point de tension à l’égard de ce qu’il nomme la doxa. Comprise comme l’ensemble des opinions courantes qui dessinent un horizon de valeurs communes imposé par une idéologie dominante, forgeant l’idée de demande sociale et culturelle, la doxa est pour R. Barthes, tout ce qui va de soi. Située dans le langage, elle est une expression figée. Autrement dit, la doxa est ce qui empoisonne le sens courant, en le naturalisant. Le sémiologue combat alors toutes sortes de détournements du sens originel en vue d’acquérir un nouveau sens social. Ainsi la doxa dessine-t-elle la couche d’aliénation profonde qui recouvre le réel de son épaisseur, infusant dans une expression commune l’opinion courante. Dans Roland Barthes par Roland Barthes (1975 : 125), l’auteur en donne une définition : « Le sens répété, comme si de rien n’était ». Il la compare à Méduse, l’une des figures de la mythologie grecque : « C’est Méduse : elle pétrifie ceux qui la regardent. Cela veut dire qu’elle est évidente. Est-elle vue ? » (ibid. : 126). La doxa s’avère comme l’opinion commune, l’opinion reçue, dominante qui pétrifie ou tue la pluralité du sens.

R. Barthes (1999 : 216) se méfie donc de « l’usure des mots, [de] leur sclérose ». C’est pourquoi le sémiologue avoue :

« Il me semble toujours avoir un débat personnel avec le stéréotype, qui, où qu’il soit, m’agace et me fascine tout à la fois ; c’est ce désir – ou ce dégoût – du mot que j’ai, ici et là, tenté d’analyser. Ce faisant, j’ai voulu simplement (car mon propos est ‘linguistique’ et non ‘politique’) amorcer une certaine déflation des mots auxquels la mode intellectuelle (dont je ne me sépare pas) finit par donner une sorte de consistance immobile et abusive, à force de les répéter. »

En ce sens, la relation entre doxa et public s’établit par la notion de langage. R. Barthes (2010 : 271) entrevoit le public à partir des usages et des codes à l’œuvre dans la pratique des discours, En effet, c’est l’appropriation, l’usage des mots et la cristallisation de leur sens qui sont visés par le sémiologue, car la doxa « naturalise tout ce qu’elle touche, empoissé dans son discours ».

 

Mythe et public

Mythologies (1957) est l’un de ses livres les plus connus et lus par un large public, y compris des lycéens. Comme nous l’apprend une biographie de R. Barthes (Samoyault, 2015 : 320), plus de 300 000 exemplaires de ce livre ont été vendus entre la première édition et celle en poche, parvenant « à rencontrer deux types de publics, ce qui n’est pas sans effet sur la place que vont prendre les sciences humaines dans les années qui suivent ».

Première édition de Mythologies.

Première édition de Mythologies.

 

Cette large diffusion auprès d’un grand public doit sans doute au caractère corrosif, mais aussi à l’humour dont l’auteur fait preuve pour dénoncer quelques représentations de l’idéologie, de la culture de la petite-bourgeoise de la France des années 1950 véhiculées par les médias. Le sémiologue explique ainsi sa démarche : « Le matériel de cette réflexion a pu être très varié (un article de presse, une photographie d’hebdomadaire, un film, un spectacle, une exposition), et le sujet très arbitraire : il s’agissait évidemment de mon actualité » (Barthes, 2002b : 565). En s’engageant dans une analyse des archétypes de la culture, de la culture française du moins, R. Barthes vise à combattre constamment les formes de simplification dans le langage (contre la doxa, le discours commun). Le ressort intellectuel de ce décryptage venait d’une science des signes qui avait pour but non pas seulement d’établir « une explication technique des systèmes signifiants », mais aussi de « mettre en rapport avec les situations de la vie individuelle et sociale » (Zenkire, 2017 : 79-80).

D’ailleurs dans la postface « Le Mythe aujourd’hui », qui se veut un manifeste théorique de la sémiologie, R. Barthes (2002b : 823) définit le mythe comme une « parole ». En termes saussuriens, la « parole » concerne l’exécution de la langue par le sujet. Donc, le mythe tel que le conçoit l’auteur est à la fois un moyen de communication et une forme qui ne relève pas de l’objet de son message, mais de la façon dont le message est proféré. Sémiologiquement, « le mythe est un détournement du signe » (Calvet, 1990 : 157), passant d’un système premier (dénotation), où les langages servent aux publics à codifier leurs rapports entre eux-mêmes et aussi entre le monde et le système second (connotation) où, à travers l’usage du langage, ils arrivent à émettre indirectement des valeurs.

Le plaisir de l’écriture et celui du public

Les années 1970 marquent un moment de rupture et de revirement dans la pensée de R. Barthes. Il cherche un mode de pensée plus plastique marquée notamment par le fragment, la combinaison de texte et d’image, le discours sur soi en troisième personne du singulier. Il s’éloigne des formes rigides du discours académique en se mettant au plus près des expérimentations de son temps.

Cette rupture de forme et de contenu est perceptible dans Le Plaisir du texte (1973). Écrit sous forme de fragments, le texte est une invitation à remettre le plaisir au centre de la réflexion, comme l’y invite le titre de l’ouvrage. La question est à double portée : il s’agit tout autant du plaisir de l’écrivain que celui du lecteur. Par cette réflexion, R. Barthes pose la question du corps et aussi celle du plaisir comme garants du savoir. L’approche interprétative du texte doit au passage à un autre régime de sens que celui de la signification, ce qu’il appelle la signifiance, où le signifiant ne se ferme jamais sur un signifié, mais s’ouvre à une polysémie, au « frisson de sens » (Barthes, 1975 : 236) qui est propre aux « régimes de sens qui admettent l’interprétation, le droit à l’interprétation du signe ». Ce même mouvement se retrouve dans les études sur la réception d’Umberto Eco (1932-2016 ; 1994 : 21) et celles des théoriciens du « modèle texte/lecteur ».

En 1977, il publie Fragments d’un discours amoureux, un ouvrage issu des notes préparatoires pour son séminaire tenu entre 1974 et 1976 et intitulé : « Le discours amoureux ». Parlant de l’amour, il touche un public étendu. Dans l’année de sa sortie en 1977, 70 000 exemplaires sont vendus (Samoyault, 2015 : 618). Le livre est rapidement traduit et adapté au théâtre. Cet ouvrage constitue une sorte d’inventaire et de dictionnaire alphabétique dans lequel R. Barthes aborde les différents états amoureux (joie, désordre ou déchirement…) en simulant la parole que tout amoureux est amené à proférer sous la forme d’énoncés aussi transparents qu’universels. C’est pourquoi, pour certains, ce livre est un livre « chaque un » où « celui qui se divise et se partage pour finalement ne plus appartenir à personne en propre […], si l’on veut ; celui qui demeure à chaque fois unique dans l’intimité recommencée de ses lectures (Messager, 2019 : 77). Par la voix d’un personnage de théâtre qui agit et parle, le sémiologue élabore une affirmation de l’amour et non une philosophie. Traitant d’énonciation du sujet amoureux, Fragments d’un discours amoureux remet le lecteur au cœur de la réflexion lorsque l’acte de lecture incarne la portée du déchiffrement. L’auteur s’avère toujours à la recherche d’un lecteur idéal, c’est-à-dire son public virtuel, qui n’est pas le public réel, celui dont le livre parle, mais celui à qui ce livre s’adresse. Résultat : un véritable succès médiatique pour Fragments d’un discours amoureux.

Toutefois, le 25 octobre 1977 un événement malheureux survient : R. Barthes perd sa mère. Cela le plonge dans un profond état de chagrin. Le deuil le bouleverse au point de le pousser vers un autre horizon de travail, une « Vita Nova » (pour reprendre les termes de l’auteur), où ses questionnements théoriques le conduisent à chercher de nouvelles formes d’écriture sans ressemblances avec celles déjà éprouvées, une « tierce forme ». Celle-ci se situe à mi-chemin entre l’essai et le roman, où la frontière s’abolit entre la fiction et la pensée. Il s’agit d’une forme d’écriture en attente d’une audience encore plus étendue que celle de Fragments d’un discours amoureux, hors du champ académique.

En outre, tout au long des années 1970, R. Barthes délaisse progressivement les revues strictement théoriques ou politiquement engagées. De même, ses analyses sur les arts visuels ou sur l’image glissent d’une analyse rhétorique à une analyse esthétique. La série d’essais publiés dans des revues comme Art Press, Les Cahiers du Cinéma, Image et son, la Revue d’esthétique, Créatis, Zoom, attestent ce glissement, constituant « une constellation de revues dans lesquelles les contributions de Barthes s’éparpillent selon des modalités en apparence déroutante. […] Pourtant, guidé par le “plaisir” et une vocation artistique amateur (la pratique du dessin combinée à celle du piano depuis plusieurs années), l’engagement politique fait place à un engagement esthétique ancré dans la marge » (Nachtergael, 2017). Ce mot marge implique une double allusion : aux revues émergentes, à contre-courant ; le public de celles-ci plus intéressé par les avant-gardes artistiques et ses esthétiques novatrices et créatives.

 

Les publics de la photographie 

En construisant le tombeau à la mémoire de sa mère, Henriette Barthes (née Binger, 1893-1977), par le biais de la photographie, R. Barthes se met en même temps à rêver de l’écriture d’un roman. Or, ce roman fantasmé n’a jamais vu le jour et il demeure en éternelle préparation. Mais le public lecteur en retrouve les traces dans le dernier ouvrage paru du vivant de l’auteur La Chambre claire (1980). Partant des photographies issues de différents quotidiens et hebdomadaires, comme Le Nouvel observateur (spécial Photo), Photo entre autres supports, il construit une réflexion sur l’ontologie de l’image. Cette réflexion philosophique s’accompagne d’une critique du public de la photographie. En effet, lorsque paraît La Chambre claire, d’une part, le marché de la photographie, déjà très large avec les appareils photographiques de plus en plus accessibles, voit son public s’élargir ; d’autre part, la multiplication des épreuves est facilitée par de nouvelles techniques de reproduction. R. Barthes dénonce la dégradation du statut de l’image et son déclin en tant qu’objet d’art, faisant suite en cela à la critique opérée par Walter Benjamin (1892-1940) dès les années 1930, notamment son essai Petite histoire de la photographie (1931).

R. Barthes (1980 : 80) va renouveler la problématique en substituant au concept benjaminien d’« aura », celui de de « l’air », c’est-à-dire « le supplément intraitable de l’identité », qui défait le masque du devenir image pour révéler l’âme, l’être du photographié. Par ce concept, le sémiologue essaie de réconcilier science et subjectivité en faisant de l’expérience sensible du public spectateur un principe heuristique. Par la brève nouvelle La Chambre claire, R. Barthes déplore le destin de la photographie dont la production destinée à la commercialisation dévie, selon lui, l’attention du public de l’ontologie de cette sorte d’image anthropologiquement nouvelle : non pas faite par la main de l’homme, mais dont l’épreuve retient la trace lumineuse du corps ou de l’objet posé devant l’objectif. Ainsi, bien que la notion de public ne soit pas pleinement conceptualisée chez R. Barthes, la diversité de ses ouvrages et textes comme leur diffusion et réception attestent d’une pensée qui, s’exposant au public, accepte de se mettre en doute en tant que discours.

 


Bibliographie

Barthes R., 1953, Le Degré zéro de l’écriture, Paris, Éd. Le Seuil.

Barthes R., 1957, Mythologies, Paris, Éd. Le Seuil.

Barthes R., 1963, Sur Racine, Paris, Éd. Le Seuil.

Barthes R., 1964, Essais critiques, Paris, Éd. Le Seuil.

Barthes R., 1973, Le Plaisir du texte, Paris, Éd. Le Seuil.

Barthes R., 1975, Roland Barthes par Roland Barthes, Paris, Éd. Le Seuil.

Barthes R., 1977, Fragments d’un discours amoureux, Paris, Éd. Le Seuil.

Barthes R., 1980, La Chambre claire, Paris, Gallimard.

Barthes R., 1981, Le Grain de la voix, Paris, Éd. Le Seuil, 1999.

Barthes R., 1987, Incidents, Paris, Éd. Le Seuil.

Barthes R., 1993, Œuvres complètes, 6 vol., éd. par É. Marty, Paris, Éd. Le Seuil, 2002.

Barthes R. 2002a, Le Neutre. Notes de cours au Collège de France (1977-1978), éd. par T. Clerc, Paris, Éd. Le Seuil.

Barthes R. 2002b, Comment vivre ensemble. Simulations romanesques de quelques espaces quotidiens. Notes de cours et de séminaires au Collège de France (1976-1977), Paris, Éd. Le Seuil.

Barthes R., 2009, Journal du deuil. 26 octobre 1977-15 septembre 1979, éd. par N. Léger, Paris, Éd. Le Seuil.

Barthes R., 2010, Le Lexique de l’auteur. Fragments inédits de Roland Barthes, éd. par A. Herschberg Pierrot, Paris, Éd. Le Seuil.

Barthes R., 2011, Sarrasine de Balzac. Séminaire à l’Ecole Pratique des Hautes Études (1967-1968 et 1968-1969), éd. par C. Coste et A. Stafford, Paris, Éd. Le Seuil.

Barthes R., 2015a, La Préparation du roman I et II. Notes de cours au Collège de France (1978-1979 et 1979-1980), éd. par N. Léger, Paris, Éd. Le Seuil/Éd. de l’Institut mémoires de l’édition contemporaine.

Barthes R., 2015b, Roland Barthes. Album, Inédits, correspondance et varia, éd. par É. Marty et C. Coste, Paris, Éd. Le Seuil.

Benjamin W., 1931, « Petite histoire de la photographie » in : Sur la photographie, trad. de l’allemand par J. Cambreleng, Arles, Éd. Photosynthèses, 2012.

Calvet L.-J., 1990, Roland Barthes 1915-1980, Paris, Flammarion.

Eco U., 1994, Six promenades dans le bois du roman et d’ailleurs, trad. de l’italien par M. Bouzaher, Paris, Grasset.

Foucault M., 1994, Dits et écrits, 1954-1969, éd. par D. Defert et F. Ewald, Paris, Gallimard.

Messager, M., 2019, Roland Barthes, Paris, Presses universitaires de France.

Nachtergael M., 2017, « Roland Barthes et les petites revues : de la publication à l’exposition », Revue Roland Barthes, 3. Accès : https://www.roland-barthes.org/article_nachtergael.html.

Samoyault T., 2015, Roland Barthes, Paris, Éd. Le Seuil.

Sontag S., 2013, Sous le signe de Saturne, trad. de l’anglais (États-Unis) par P. Blanchard, R. Louit, B. Legard, Paris, C. Bourgois.

Zenkire S., 2017, Cinq lectures de Roland Barthes, Paris, Classiques Garnier.

Auteur·e·s

Fontanari Rodrigo

Centre de recherche sur les médiations Université de Lorraine

Citer la notice

Fontanari Rodrigo, « Barthes (Roland) » Publictionnaire. Dictionnaire encyclopédique et critique des publics. Mis en ligne le 31 mars 2022. Dernière modification le 26 avril 2022. Accès : http://publictionnaire.huma-num.fr/notice/barthes-roland.

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