Cérémonie


 

La cérémonie désigne à l’origine l’ensemble des formes extérieures et des règles solennelles qui marquent la célébration d’un culte religieux. Chaque cérémonie repose sur le respect d’un ordonnancement établi avec soin. La cérémonie constitue un acte plus ou moins solennel servant à célébrer un culte religieux (canonisation, communion) ou un évènement social incluant nécessairement un public. Le mot renvoie également à l’apparat et à la solennité qui accompagne certaines fêtes profanes comme le défilé militaire du 14-Juillet, les cérémonies d’investiture des présidents de la République, les commémorations de la Seconde Guerre mondiale, les cérémonies d’ouverture des Jeux Olympiques, les cérémonies des Molière (pour le théâtre) et des Césars en France et des Oscars aux États-Unis (pour le cinéma) pour ne citer que celles-ci. Toutes ces manifestations impliquent et imposent un public qui est à la fois témoin et spectateur de ces évènements.

 

Définition(s)

Selon le dictionnaire Larousse en ligne (accès : http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/cérémonie/14257), la cérémonie désigne en premier lieu les « formes extérieures et régulières qui accompagnent la célébration du culte religieux » (le baptême par exemple). Elle peut également désigner « les formes d’apparat qui accompagnent la célébration d’une solennité […] [voire] la célébration elle-même » (une remise de prix dans un cadre scolaire ou entrepreneurial par exemple). Enfin, dans un contexte littéraire l’expression parler avec cérémonie renvoie directement aux « témoignages convenus de civilité ; [les] politesses excessives ». Dans tous les cas, la cérémonie entretient un lien signifiant avec une certaine forme de scénarisation, de dramatisation et d’esthétisation du réel qui se déroule sous les yeux d’un public souvent initié. Tout est réglé au millimètre dans ce qui évoque la complexe machinerie de théâtre ou de l’opéra. Par ailleurs, selon le Centre nationale de ressources textuelles et lexicales (accès : http://www.cnrtl.fr/lexicographie/cérémonie), la cérémonie constitue « l’ensemble des formes extérieures et des règles solennelles qui marquent la célébration d’un culte religieux » mais aussi « l’apparat et la solennité qui accompagnent certaines fêtes profanes » ou encore les « marques de politesse, de déférence qui font partie des conventions mondaines ». D’une définition à l’autre, un même dénominateur : le rapport à autrui est essentiel. Sans sa présence et son regard, il n’y a pas de cérémonie.

 

Approches socio-anthropologiques et réciprocité cérémonielle

Comme l’a analysé Marcel Mauss (1925 : 167) à partir de l’exemple de la société mélanésienne, la cérémonie repose sur un système de dons/contre-dons : « Toute la vie tribale n’est qu’un constant “donner et recevoir” ; toute cérémonie, tout acte légal et coutumier n’est fait qu’avec un don matériel et un contre-don qui l’accompagnent ; la richesse donnée et reçue est l’un des principaux instruments de l’organisation sociale, du pouvoir du chef, des liens de la parenté par le sang et des liens de la parenté par mariage ». Effectivement, la cérémonie repose sur une forme généralisée (une économie généralisée même) d’échanges mutuels et réciproques entre ceux qui donnent et ceux qui reçoivent, entre donateurs et contre-donateurs. C’est à ce prix et sur cette base que le public organise la mise en scène de lui-même. Erving Goffman (1959 : 41), théoricien d’une lecture dramaturgique de la société, rappelle que tout groupe social met en place, à certains moments clés de son existence, des représentations au cours desquelles il se donne à voir lui-même dans une double dimension spéculaire et performative affirmée : « Quand un acteur se trouve en présence d’un public, sa représentation tend à s’incorporer et à illustrer les valeurs sociales officiellement reconnues, bien plus, en fait, que n’y tend d’ordinaire l’ensemble de son comportement. Il s’agit là, en quelque sorte, en adoptant le point d’Émile Durkheim et d’Alfred Radcliffe-Brown, d’une cérémonie, d’une expression revivifiée et d’une réaffirmation des valeurs morales de la communauté. […] Dans la mesure où l’on finit par regarder comme la réalité même l’expression qu’en donnent les représentations, on confère à ce que l’on tient à ce moment-là pour le réel une sorte de consécration officielle. […] Le monde, en vérité, est une cérémonie ».

Pour Marcel Mauss (1925 : 9), c’est la condition même de la vie en collectivité qui consiste à faire correspondre systématiquement des contre-dons à des dons de toutes natures : « Dans les économies et dans les droits qui ont précédé les nôtres, on ne constate pour ainsi dire jamais de simples échanges de biens, de richesses et de produits au cours d’un marché passé entre les individus. D’abord, ce ne sont pas des individus, ce sont des collectivités qui s’obligent mutuellement, échangent […] clans, tribus, familles, qui s’affrontent et s’opposent soit en groupes se faisant face sur le terrain même, soit par l’intermédiaire de leurs chefs, soit de ces deux façons des choses utiles économiquement. Ce sont avant tout des politesses, des festins, des rites, des services militaires, des femmes, des enfants, des danses, des fêtes, des foires […], des prestations et contre-prestations [qui] s’engagent sous une forme plutôt volontaire ». Encore une fois, le caractère public et la réciprocité sont indissociables de toute cérémonie, a fortiori quand elle repose sur une tension dialectique entre dons et contre-dons.

 

Vers des cérémonies profanes

Dans la plupart des sociétés occidentales le mot cérémonie a glissé vers un univers de référence profane : « À l’époque contemporaine, sous une forme moins paroxystique, le même idéal d’unité harmonieuse subsiste dans les mises en scène jouées. On songe à toutes ces fêtes dans les stades, à l’occasion de cérémonies officielles, politiques ou sportives, où chaque spectateur est appelé à devenir acteur, en déployant des drapeaux ou des morceaux de carton colorés ou dessinés, qui forment, grâce à la parfaite synchronisation, une seule et même étoffe » (Boëtsch, Wulf, 2005 : 36). C’est donc dans un monde en pleine mutation que des individus privés de certains codes culturels ou d’ouverture vers d’importantes traditions religieuses ont souhaité développer de nouveaux cérémonials autour de rencontres sportives (médaille d’or, d’argent et de bronze) ou artistiques, de traditions festives liées à un amour du terroir (Confrérie des Tastevins, Association amicale des amateurs d’andouillette authentique) ou encore d’activités destinées à réinstaurer une forme de vivre-ensemble (Fête des voisins par exemple), mais aussi à matérialiser le passage d’un avant à un après radicalement différent, comme lors des rites de passage analysés par Arnold Van Gennep (in : Yannic, 2010 : 14) : « À titre d’exemple profane, on pourrait considérer que le doctorat est un rite universitaire, la soutenance de thèse un rituel et la remise du diplôme à l’impétrant (le candidat) une cérémonie rituelle ».

L’anthropologue Claude Rivière (1995 : 50) explique que la déritualisation contemporaine est liée à la perte de formes religieuses historiquement datées et tombées en déshérence : « Le rite est une manière dont le social assure et énonce sa permanence. Parmi les rituels profanes, certains convertissent en représentation l’action sociale de la vie quotidienne et constituent un pont entre la culture revécue et le sujet acteur (voir les rites de la table, ceux du travail, du tourisme) ». Les rituels profanes investissent de plus en plus de nouvelles scènes et de nouveaux lieux dans l’espace public et même sur la voie publique. Parmi toutes les cérémonies profanes contemporaines il en est une qui depuis plus d’un demi-siècle continue d’attirer les foules et d’attiser les passions populaires, c’est la montée des marches du Festival de Cannes. C’est une « cérémonie déambulatoire, ascensionnelle et crépusculaire. […] Sous l’œil “panoptique” des caméras et appareils-photos du monde entier, les vedettes viennent se faire acclamer et refondre leur aura mythique. […] La montée des Marches n’est pas tant montée que remontée, assomption, après la venue de ces étoiles vers des mortels les adulant. Le tapis rouge semble suspendu comme un pont entre ciel et terre, ouvrant une voie royale, portant la star en une apesanteur christique » (Lardellier, 2005 : 94). 

L’époque contemporaine a vu fleurir de nouvelles formes de cérémonie, contribuant à brouiller les frontières entre l’intime et l’extime, le public et le privé ainsi que l’écrit Martine Roberge (2014 : 284) : « Dans la plupart des rites que nous avons observés, une tendance à la spectacularisation s’installe. Celle-ci se traduit notamment par une mise en scène de soi dans l’expérience rituelle. Nous avons pu le voir entre autres dans les cérémonies d’union – marquées le plus souvent par une mise en scène de l’engagement du couple –, dans les showers et dans les cérémonies d’adieu au défunt. Faire un rite pour soi s’accompagne presque toujours d’une démonstration publique dans une scénographie plus ou moins élaborée ». Ainsi les cérémonies contemporaines se sont-elles autonomisées par rapport aux traditions notamment religieuses. Elles ont gagné en inventivité ce qu’elles ont perdu en ancrage mémoriel et en substrat culturel.


Bibliographie

Boëtsch G., Wulf C., coords, 2005, « Rituels », Hermès. La Revue, 43.

Goffman E., 1959, La Mise en scène de la vie quotidienne, tome 1. La Présentation de soi, trad. de l’anglais par A. Accardo, Paris, Éd. de Minuit, 1973.

Lardellier P., 2005, Les Nouveaux Rites. Du mariage gay aux Oscars, Paris, Belin.

Mauss M., 1925, Essai sur le don. Forme et raison de l’échange dans les sociétés archaïques, Paris, Presses universitaires de France.

Rivière C., 1995, Les Rites profanes, Paris, Presses universitaires de France.

Roberge M., 2014, Rites de passage au xxie siècle. Entre nouveaux rites et rites recyclés, Québec, Presses de l’Université Laval.

Yannic A., coord., 2010, Le Rituel, Paris, cnrs Éd.

Auteurs

Eyries Alexandre

Eyries Alexandre

Communications, médiations, organisations, savoirs
Université de Bourgogne

Lardellier Pascal

Lardellier Pascal

Communications, médiations, organisations, savoirs
Université de Bourgogne

Citer la notice

Alexandre Eyries, Pascal Lardellier, Cérémonie. Publictionnaire. Dictionnaire encyclopédique et critique des publics. Mis en ligne le 14 mars 2017. Accès : http://publictionnaire.huma-num.fr/notice/ceremonie/.
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