Retournement du stigmate


 

En sociologie, le concept de « retournement du stigmate » est souvent utilisé. Il désigne la manière dont réagissent des personnes, et surtout des groupes, qui sont stigmatisés par la société, c’est-à-dire dévalorisés à cause de certaines propriétés objectives qu’ils possèdent (couleur de peau, handicap physique, identités sociales, toute forme de déviance par rapport à une norme dominante) et qui sont exposées de façon négative et souvent stéréotypée. Ces cibles peuvent arriver à faire de la caractéristique qui les soumet à ce jugement stigmatisant, un élément de leur identité et un objet de fierté, en le revendiquant. De telles personnes retournent alors la mise en cause qu’elles subissent, cette stigmatisation, en un motif d’identification valorisante, à l’exemple du courant littéraire et politique de la « négritude » inventé notamment par Aimé Césaire (1913-2008) qui reprend le terme raciste et infâmant de « nègre » pour le retourner et en faire le moteur du refus de la honte de soi héritée du colonialisme (Césaire, 1939). Dans cet esprit, la « gay pride » – traduite en France par l’expression « marche des fiertés » – se veut une inversion totale de la place longtemps réservée aux homosexuels. Stigmatisés, considérés comme anormaux, comme « des folles », obligés de cacher leurs penchants amoureux, de vivre comme « des honteuses », enfermés « dans un placard », les homosexuels revendiquent leur orientation sexuelle en l’affichant bruyamment et festivement dans la rue. Ils retournent ainsi le stigmate.

Gay Pride 2018, Rouen. Pancarte : « Si Harry nous a bien appris un truc : personne ne mérite d’être au placard ». Source : Léa Dehédin (CC BY-NC-SA 2.0 FR)

 

Ce concept a connu un succès grandissant tout en ayant une paternité attribuée souvent fautive. Il s’agit ici de revenir sur l’origine de l’expression, d’expliquer comment elle a essaimé au point de devenir populaire dans l’espace public, dans le monde des sciences humaines et sociales, du journalisme et du militantisme ; des liaisons existant entre les trois univers quant à l’usage de ce terme à destination du grand public.

 

Une expression attribuée à tort à Erving Goffman

La terminologie fait explicitement référence à l’œuvre pionnière du sociologue canadien Erving Goffman (1922-1982) et à son célèbre ouvrage Stigmate. Les usages sociaux du handicap, publié en 1963 aux États-Unis, dans une Amérique encore ségrégationniste. Dans cette analyse des « usages sociaux des handicaps », le sociologue s’emploie à étudier, force de témoignages à l’appui, les stratégies que les personnes qui se sentent stigmatisées déploient pour faire face à l’adversité du monde dans lequel elles vivent, à cause de leur différence. Son propos met surtout en exergue les manières de s’intégrer ‒ quand même ‒ au monde des « normaux » lors de « contacts mixtes », ou de se serrer les coudes entre personnes partageant le même « handicap », en constituant « un cercle des lamentations » pour « y trouver un soutien moral et le réconfort » (Goffman, 1963 : 32). Mais, au détour, E. Goffman évoque la possibilité de se rebeller : « Au lieu de se faire tout petit, l’individu affligé d’un stigmate peut tenter d’aborder les contacts mixtes en affichant un air de bravade agressive (”hostile bravado”) » (ibid. : 30). Phrase qui ouvre la voie à une analyse en termes de retournement du stigmate. Néanmoins, le sociologue en referme aussitôt la porte car il ponctue ainsi sa phrase : « Mais il risque ainsi de s’attirer tout un ensemble de représailles ennuyeuses ». Bien plus loin, il réaffirme néanmoins que des stigmatisés qui s’engagent dans la voie du militantisme peuvent revendiquer leur différence plutôt que de subir, honteusement, un rappel à la normalité de la part de ceux qui se jugent « normaux » : « Les contacts mixtes sont pour l’individu stigmatisé qui s’engage dans cette voie l’occasion de célébrer les mérites et les contributions présumées de ceux de sa sorte. Il n’est pas rare non plus  qu’il affiche des attributs stéréotypés qu’il lui serait aisé de couvrir » (ibid. : 135).

Donc, l’idée de retournement, au sens d’appropriation des traits dénigrés pour en faire un motif de fierté, est un peu présente dans l’œuvre de E. Goffman. Cependant, celui-ci n’utilise qu’une seule fois le terme fierté dans tout le livre, l’idée ne fait l’objet que de deux évocations incidentes, et surtout, l’idée n’est pas lexicalisée dans l’expression « retournement du stigmate ». L’expression retournement du stigmate est donc souvent attribuée – à tort – à ce sociologue, alors qu’il n’utilise ni la notion, ni ne défend avec force cette thèse. Il convient donc de retracer la généalogie de ce concept et de réattribuer sa paternité au sociologue français Louis Gruel (1947-2009), via, sans doute, l’influence de Pierre Bourdieu (1930-2002). Maître de conférences à Rennes, L. Gruel a commencé ses recherches en sociologie urbaine sur les habitants des bidonvilles, cités de transit et autres habitats marginalisés, avant de s’intéresser aux étudiants et de devenir un des piliers de l’Observatoire national de la vie étudiante. (voir Lien socio, 2010)

 

Aux origines de l’idée

Le concept de stigmatisation s’inscrit dans un ensemble de travaux sociologiques plus larges, le courant dit interactionniste de l’école de Chicago (Rampon, 2015) et de la théorie de l’étiquetage (« labeling theory ») promue par le sociologue américain Howard S. Becker (1963) dans son célèbre ouvrage sur les « outsiders ». Il a étudié la réaction des personnes victimes de stigmatisation sociale, en soulignant que parmi les stratégies identitaires, certains cherchaient à tout faire pour dissimuler leurs stigmates (en intégrant pleinement les valeurs dominantes des stigmatisants), tandis que d’autres pouvaient au contraire adopter ces éléments de stigmatisation, cet étiquetage, et entrer dans une spirale d’auto-dévalorisation, voire finir par se comporter conformément aux stéréotypes stigmatisants qu’ils subissaient.

Mais d’autres sociologues ont cherché à compléter cette vision d’une spirale négative, en insistant sur la capacité de résistance des dévalorisés, des stigmatisés. Déjà dans sa théorisation des mouvements sociaux, Alain Touraine (1973) insiste sur la nécessité – pour qu’un mouvement de contestation existe – d’une conscience de la domination exercée par des adversaires dominants sur les membres du groupe, voire sur la société dans son ensemble. L’action sociale peut se concevoir comme une résistance ou une réaction à une pression, à une domination. Pour sa part, P. Bourdieu utilise l’appareillage conceptuel d’E. Goffman pour aller plus loin dans ce sens, sachant que le sociologue français s’est fait l’introducteur de l’œuvre du sociologie canadien auprès du public francophone par l’entremise de sa collection « Sens commun » aux Éditions de Minuit. Dans un article – devenu un classique (Bourdieu, 1980a) – sur la domination symbolique et les luttes régionales, P. Bourdieu reprend à son compte l’héritage de H. S. Becker mais ajoute une dimension plus positive et active pour les dominés. « Lorsque les dominés dans les rapports de force symboliques entrent dans la lutte à l’état isolé, ils n’ont pas d’autre choix que l’acceptation (résignée ou provocante, soumise ou révoltée) de la définition dominante de leur identité ou la recherche de l’assimilation qui suppose un travail visant à faire disparaître tous les signes propres à rappeler le stigmate et à proposer, par des stratégies de dissimulation ou de bluff, l’image de soi la moins éloignée possible de l’identité légitime » (Bourdieu, 1980a : 69). Mais il évoque une autre stratégie possible qui « vise non à effacer les traits stigmatisés mais à renverser la table des valeurs qui les constitue comme stigmates, à imposer, sinon de nouveaux principes de di-vision, du moins une inversion des signes attribués aux classes produites selon les principes anciens » (ibid.). Il s’agit donc d’une conquête d’autonomie sociale pour acquérir le pouvoir de se définir comme groupe « conformément à ses propres intérêts ».

Cette stratégie de résistance repose sur une inversion des choses : « La révolution symbolique contre la domination symbolique et les effets d’intimidation qu’elle exerce a pour enjeu non la conquête ou la reconquête d’une identité, mais la réappropriation collective de ce pouvoir sur les principes de construction  et d’évaluation de sa propre identité que le dominé abdique au profit du dominant aussi longtemps qu’il accepte le choix d’être nié ou de se renier pour se faire reconnaître » (ibid.). Et P. Bourdieu synthétise sa pensée dans une formulation qui pourrait presque être la définition du retournement du stigmate, même s’il n’utilise jamais cette expression : « Le stigmate produit la révolte contre le stigmate, qui commence par la revendication publique du stigmate, ainsi constitué en emblème – selon le paradigme « black is beautiful » et qui s’achève dans l’institutionnalisation du groupe produit par les effets économiques et sociaux de la stigmatisation » (ibid. : 69-70).

 

Une expression formulée par le sociologue Louis Gruel

La première trace que l’on peut trouver de l’emploi académique de l’expression date de 1985, dans la Revue française de sociologie. Le sociologue L. Gruel étudiant les habitants pauvres et très pauvres des logements dévalorisés que sont les cités de transit et les cités d’urgence remarque qu’ils font face à une très forte stigmatisation, au sens d’E. Goffman. Et il observe que les personnes concernées mettent en place des stratégies identitaires pour échapper à l’opprobre qu’ils subissent. Il théorise ces stratégies en évoquant tour à tour le « retournement » du stigmate qu’il met lui-même entre guillemets pour en souligner l’aspect métaphorique, le détournement ou encore la parade protectrice et le « retournement collectif » (toujours entre guillemets ; Gruel, 1985).

Étudiant une cité HLM, il fait le constat d’un processus de « marginalisation sociale » de ce quartier avec émergence d’une « identité négative » de ce qui devient un « habitat-repoussoir » puisque les cols blancs ont progressivement abandonné le quartier. Citant un « remarquable mémoire de maîtrise » (du futur sociologue Serge Paugam), il insiste sur la « résistance au stigmate » d’un couple marginalisé qui mobilise des défenses rhétoriques et déploie les « ressources de l’imaginaire » pour refuser le discours de dévalorisation de leur habitat devenu objectivement un taudis (rats, boue…). Le couple se réjouit par exemple du lien direct avec la nature, des bienfaits du monde rural. Le père de famille, analphabète, dicte aussi à sa femme des poèmes et des contes où la justice divine vient mettre fin à des situations injustes et d’exploitation. Il met donc en avant ses qualités de créateur. L. Gruel (1985 : 434) écrit qu’un « tel “retournement” de la relation entre le sujet stigmatisé et l’entourage stigmatisant n’est pas le privilège d’individus écartés de toute collectivité résidentielle. On peut en repérer des variantes dans un tout autre contexte ». Et d’évoquer un autre habitat social où cohabitent des cols blancs et des personnes pauvres stigmatisées comme « asociaux » et qui se défendent de telle manière à obtenir pour résultat : « Exit le stigmate, du moins le stigmate instituant la coupure de la collectivité entre social et asocial » (ibid. : 436).

Un an plus tard, dans un second article sur ce thème, il poursuit sa démonstration en évoquant un « processus de (re)valorisation de la communauté » (Gruel, 1986 : 178). « Pour les groupes confrontés à la marginalisation et à la disqualification culturelle, notamment les habitants de cités d’urgence et de transit soupçonnés d’asocialité, de barbarie, de défaillance ou de déchéance sociale, la référence à une identité positive de “grande famille-petit village-communauté chaleureuse et solidaire” s’insère dans un processus de négociation du stigmate, de revendication d’une pauvreté légitime, de conjuration de la menace d’exclusion sociale » (ibid.) Il s’agit du retournement du stigmate évoqué dans son précédent article même s’il ne réutilise pas cette fois la notion. Il poursuit dans la même lignée en 1987, dans la revue Esprit. Il fait retour sur ses travaux concernant les habitants des cités de transit. Il évoque « ces procédures de résistance au stigmate » (Gruel, 1987 : 27) qui « leur offrent un cadre de référence, leur dessinent un monde tolérable, leur renvoient une image de soi acceptable. Et ils se mobilisent intensément non seulement pour les déployer en discours, mais encore pour leur donner une consistance matérielle, attester leur authenticité par des pratiques et des gestes » (ibid.). Il décrit donc les mêmes mécanismes, mais ne capitalise pas sur l’appellation, tout en parlant du « retournement de la position d’assisté » ou du « détournement ‘en douceur’ de la condescendance » (ibid.).

Le mot retournement revient plusieurs fois sous la plume de L. Gruel. Dans l’impossibilité de l’interroger (il est décédé en 2009), on en est réduit à des hypothèses sur ce choix terminologique. On constatera d’abord que P. Bourdieu parlait de « renverser la table des valeurs » dans son article de 1980, article que L. Gruel cite en 1987 dans la revue Esprit. Nous sommes alors sûr qu’il a lu ce texte. Il a pu donc vouloir chercher un synonyme à renversement. La notion de retournement a pu s’imposer à lui, en faisant écho à l’expression « retournement de situation » qui selon le Larousse correspond à un « changement complet et dans un sens opposé d’une situation, d’un comportement ». Mais la vertu du mot retournement est aussi de permettre d’introduire une dialectique avec un mot proche, celui de « détournement », comme le souligne le sociologue Dominique Boullier qui cite, en 1993, l’article initial de L. Gruel, tout en évoquant l’usage que lui-même a fait dans sa thèse de 1987, de la notion de retournement. « Dans les deux couples d’opposition, la gestion du discrédit de la pratique télévisuelle est antagonique : à un pôle, on subit le discrédit et on le renvoie ailleurs, en dégageant vers d’autres la cible des critiques. À l’autre pôle, on “assume” le discrédit mais en le retournant pour requalifier sa pratique télévisuelle (“je ne regarde que ce qui est bon”, “j’aime ça”) de façon offensive. Cette opposition classique du détournement et du retournement (Gruel, 1985 ; Boullier, 1987b) dans le traitement du discrédit souligne une échelle de légitimité de l’argumentation : dans un cas, on peut prétendre à l’autodéfinition en assumant le discrédit pour le contredire et, dans l’autre, on dénie l’accusation et on la détourne éventuellement sur d’autres (“ce n’est pas moi”) » (Boullier, 1993 : 125). L. Gruel a précisément utilisé cette paronymie, et l’on comprend bien qu’il eût été impossible de se livrer au même jeu sur les mots avec le couple renversement/déversement.

Dans sa thèse de sociologie urbaine, D. Boullier utilisait l’expression de L. Gruel, qu’il connaissait pour avoir travaillé avec lui au Lares (Laboratoire de recherches économiques et sociales), à l’université Rennes 2 au début des années 1980.  « Mme Renard présente le modèle même de retournement de la désignation : son histoire est centrée sur son incapacité à gérer, seule, une famille nombreuse […]. Elle fournit un résumé saisissant de l’opération de retournement du stigmate : “Je suis rejetée parce que j’adore les enfants” [sic] » (Boullier, 1987 : 182). Mais à l’occasion d’un échange épistolaire numérique (17/02/2020), celui-ci insiste sur le fait que pour lui « le concept était surtout connecté aux théories de Gérard Althabe, mon directeur de thèse, qui parlait de modes de communication dans ses travaux d’anthropologie urbaine. Cette orientation anthropologique qui était la mienne s’appuyait sur ses propres travaux à Madagascar et je pense toujours qu’il avait bien perçu un système de relations qui fait circuler des positions en les inversant quand c’est possible (un classique de l’anthropologie structurale assez éloignée de Goffman) ». En tout cas, D. Boullier est le premier utilisateur repéré d’une reprise de l’expression promise à une longue carrière.

 

Le succès du concept dans les sciences humaines et sociales

  1. Gruel n’a pas cherché à revendiquer la paternité de la notion, alors qu’il semble manifestement en être l’introducteur. Rares sont les auteurs à lui accorder ce crédit en le citant lorsqu’ils utilisent la notion (pour un exemple, voir Manga, 2008). Il faut dire que dès le second article qui aborde la même thématique, il ne réutilise pas exactement la même terminologie et n’a donc pas achevé l’œuvre de définition. Pour autant, l’expression a fait florès. Une requête en 2021 sur Google scholar indique qu’il existerait plus de 900 occurrences utilisant l’expression. La même recherche sur Cairn aboutit à 869 résultats. Tandis que, sur Google, plus de 6 600 occurrences émergent. Les travaux qui utilisent la notion se retrouvent régulièrement depuis 1986, même s’ils sont plus nombreux au XXIsiècle. Ils abordent des sujets divers sous la plume d’auteurs aux profils disciplinaires variés. Une sélection d’articles sautant de lustre en lustre suffit à montrer la diversité de la fortune du concept (migrants, personnel politique, aides-soignantes, femmes) :

Comme le terme « stigmate » est une évocation forte de l’œuvre d’E. Goffman, il n’est pas rare de lire au sein de travaux qui évoquent le concept, une attribution directe de l’expression à ce sociologue, alors que tel n’est pas le cas. Le succès de l’expression s’explique sans doute par la visibilité croissante dans l’espace public et dans les médias des figures de victimes (ou ce que d’autres, rarement de gauche, nomment de façon plus critique, la montée en puissance des stratégies de victimisation des minorités), dans les sciences humaines et sociales, dans les médias et dans le discours militant.

 

La circulation du concept dans les espaces militants

Le mécanisme social décrit par E. Goffman, P. Bourdieu puis L. Gruel, relevait à l’origine sans doute plus d’une pragmatique intuitive et qui a pu gagner peu à peu en consistance chez les acteurs sociaux grâce à l’apport de ces travaux sociologiques. Dans l’idéal, les travaux de sociologie doivent pouvoir aider à la conscientisation des situations sociales. C’est le projet que P. Bourdieu assignait à sa discipline, la qualifiant de « science qui dérange » dans ses Questions de sociologie. Sa « fonction scientifique est de comprendre le monde social, à commencer par le pouvoir. Opération qui n’est pas neutre socialement […] parce qu’il n’est pas de pouvoir qui ne doive une part de son efficacité à la méconnaissance des mécanismes qui le fondent » (Bourdieu, 1980b : 28). La sociologie « heurte des intérêts sociaux : les intérêts des dominants qui ont partie liée avec le silence et avec le “bon sens” (qui dit que ce qui est doit être, ou ne peut pas être autrement) » (ibid. : 24). La sociologie fait donc problème pour les dominants « parce qu’elle dévoile des choses cachées et parfois refoulées » (ibid. : 20).

Or, dans nos sociétés contemporaines caractérisées par un allongement moyen du niveau des études, des militants sont de plus en plus en mesure de « se réapproprier les acquis des sciences sociales » (Ollitrault, 1996 : 141) et donc des concepts, au point qu’on peut faire une « étude des carrières militantes des références théoriques » (Belorgey et al., 2011 : 23). Carrière militante qui est couplée ici avec la notion de victime. En effet, on constate que les personnes qui se vivent comme victimes d’un traumatisme réussissent de plus en plus souvent à gagner en dignité, en inversant les codes sociaux qui ont souvent fait des personnes traumatisées par un événement ou par d’autres individus, les porteurs d’une honte ou les cibles d’intimidations qui les conduisait à taire leur trouble, à se murer dans le silence. Toutes les déclarations sur la « libération de la parole » pour les personnes victimes de viol et d’inceste grâce à divers hashtags sur Twitter en sont une illustration. Et ces victimes d’évoquer la satisfaction de voir « la honte changer de camp » après avoir réussi à dénoncer leurs bourreaux dans un livre, une interview, dans un tweet ou un billet de blog. Analysant ce retournement de l’ordre des choses dans la perception des victimes, l’anthropologue Didier Fassin parle de « la révolution idéologique du traumatisme ». Il la définit comme la situation qui a « fait passer le blessé de guerre, le sinistré de l’accident et plus largement la personne frappée par le malheur, d’un statut de suspect à un statut de victime désormais pleinement légitime. […] Cette évolution consacre et renforce tout à la fois une nouvelle figure, centrale pour qui veut comprendre les sociétés contemporaines : la figure de la victime » (Fassin, Rechtman, 2007 : 268). Victimes qui peuvent chercher à se regrouper en collectifs de victimes pour se livrer, par la mobilisation, à un travail de transformation d’une souffrance individuelle en cause collective. Sachant que « le statut de victime est d’autant plus recherché ou invoqué qu’il ouvre à des rétributions de nature diverse – morales et symboliques, mais aussi parfois matérielles » (Lefranc, Mathieu, 2009 : 7). Soline Laplanche-Servigne (2014 : 146) montre ainsi la manière dont les groupes militants qu’elle étudie « construisent un statut de “victime racisée” pour devenir des victimes politiquement pertinentes et se constituer comme sujets politiques ». L’expression retournement du stigmate peut dès lors être opportunément appropriée dans ces collectifs de victimes pour s’encourager, pour donner un nom à leur ressenti psychologique, pour octroyer une grandeur intellectuelle à leur combat, pour rattacher leur cause à d’autres causes nobles auxquelles le concept est associé historiquement ou de longue date (cause antiraciste, féministe, des peuples opprimés et colonisés…).

Si l’énorme travail de recherche pour établir l’ensemble de la « carrière militante » de la notion de « retournement du stigmate » excède les enjeux de cette notice, il est possible par une simple recherche sur Google de repérer des collectifs militants qui usent de la notion :

  • le site Femmes plurielles du collectif belge Femmes prévoyantes socialistes (07/07/2020) ;
  • le site Ba(f)fe pour Base de données féministe (sans date) ;
  • le site Silogora, « agora des pensées critiques », à propos du gang des vieux en colère (juin 2019) ;
  • la Ligue de l’enseignement dans sa fiche pédagogique sur les discriminations (sans date) ;
  • la chaîne YouTube « Osons causer » alliant précisément militantisme de gauche et vulgarisation des sciences sociales, dans son BlaBla, #11 ;
  • le site Philonomist qui « se donne pour mission de décrypter le monde, de réveiller les organisations et enfin d’émanciper l’individu en lui proposant une réflexion neuve sur le sens de son travail » ;
  • ou encore l’observatoire Orspere, qui « par l’intermédiaire de recherche-action promeut la clinique psychosociale », en associant psychiatres, sociologues et professionnels de l’accueil des migrants, des réfugiés, véritables passeurs assumés entre les deux univers militants et de la recherche.

On trouve aussi dans ce petit tour d’horizon des importations militantes du concept, un blog altermondialiste hébergé par Médiapart (29/09/2013), la « revue féministe » Les ourses à plumes (septembre 2018), la fondation Orcip qui a « pour objectif de faire connaître et reconnaître la situation des enfants et jeunes orphelins en France » (16/09/2020). On retiendra enfin le site participatif dijoncter.info sur « les infos des luttes à Dijon », qui offre une autre illustration de la popularisation du concept, puisqu’il est inséré au sein d’un dessin de presse (05/06/2020).

Illustration issue de l’article de Kawa TV (2020). Source : dijoncter.info (CC BY-SA 2.0 FR).

 

Une notion devenue grand public

La carrière de l’expression se prolonge au-delà de l’espace militant et entre de plain-pied dans l’espace médiatique. Le succès public de la notion à travers la presse est incontestable. Elle est mobilisée telle une « formule » (Simon, 2015) qui n’a plus vraiment besoin d’être explicitée ou démontrée, qui parle d’elle-même en somme. Il est aisé de le montrer, exemples à l’appui, en constatant la diversité des contextes d’usage. Une recherche aidée par Google actualité permet de découvrir beaucoup d’occurrences récentes. Et on constate une surreprésentation de la notion dans les titres Slate, Le Monde, Les Inrocks, ou encore France Culture. Autant de supports d’information intellectuellement exigeants, qui se font fréquemment les passeurs entre l’univers académique et un plus large public.

  • Un article paru sur le site des Inrocks (Segura, 2020) décrivant un mouvement sociologique antivalidiste, les théories crip, explique que le Crip est« un mouvement de retournement du stigmate ». Dans une chronique littéraire consacrée au nouveau livre de Léonora Miano (Afropea), Les Inrocks interprètent par la notion de retournement les intentions de l’écrivaine : « En face du groupe majoritaire aussi, à force d’ostracisations, on s’accroche à une identité pourtant exogène, l’identité noire façonnée par l’Occident, dans un retournement du stigmate qui, par nature, échoue à modifier la vision de l’oppresseur. “L’injure ne change pas de nature lorsqu’elle se porte en diadème”, écrit joliment Léonora Miano » (Dejean, 2020).
  • Un article du Monde consacré au mot nègre évoque bien sûr la négritude sous forme de retournement du stigmate : « “Nègre”, ce mot lourd du racisme et des crimes qui l’ont forgé » (Chemin, 2021).
  • Sur le site culturel Cheek magazine, dans un article consacré à la question « Pourquoi il faut voir et revoir [le film]La revanche d’une blonde», la parole est donnée à une journaliste du Monde qui répond positivement à la question de l’article par le truchement du retournement :  Isabelle Regnier, journaliste au Monde qui a longtemps écrit sur le cinéma avant de gérer la rubrique architecture du journal, explique : « Être une fille n’est pas une limitation pour le personnage principal. Si vous pensez qu’une caricature de fille doit se traduire par “personne sans cerveau”, c’est votre problème, pas le sien. Elle subvertit le cliché par son esprit, ses actions. Elle revendique la liberté d’endosser le rôle qui lui plaît. Il y a un côté très camp dans cette attitude. Le plaisir du travestissement, le retournement du stigmate… » (Schütz, 2020).
  • Dans un article au ton militant paru dans Slate au titre éloquent : « Oui, “PD” c’est homophobe », les deux journalistes insistent sur le fait que l’usage du terme pédé dépend de qui l’emploie, car s’il est souvent stigmatisant, « le mot peut être repris de manière positive. C’est ce qu’on appelle le “retournement du stigmate”, qu’a théorisé le sociologue Erving Goffman (sic) et que résument les chercheuses Clyde Plumauzille et Mathilde Rossigneux-Meheust comme suit : “Leur traumatisme est appréhendé non plus seulement comme une souffrance mais également comme une ressource grâce à laquelle les individus peuvent faire valoir un droit” » (Lorriaux, Pédeau, 2016). On notera que, dans l’article académique ici cité, elles ne se réfèrent en réalité pas à Goffman au sujet de ce « retournement ». Plus récemment, dans un portrait à charge sur la nouvelle revue intellectuelle lancée par Michel Onfray, Slate dénonce « un nationalisme qui ne dit pas son nom ». « Pour bien montrer qu’il n’est pas de ceux-là, que le soupçon d’alliance rouge-brune évoqué à propos de sa revue Front populaire est illégitime, il ne trouve rien de mieux, en utilisant la stratégie bien connue de retournement du stigmate, que d’accuser ses adversaires, dont Le Monde, d’en être d’ardents propagateurs » (Policar, Telos, 2020).

Mais si ces rédactions en font un usage plus fréquent que les autres, la notion essaime au-delà de ces titres. Directement, parce que beaucoup sont formés aux sciences sociales et que ce concept est devenu commun, ou par l’entremise d’interviews de chercheurs, les journalistes contribuent à populariser la notion et à étendre son champ de visibilité. La vertu de cette notion est aussi d’être immédiatement lisible et compréhensible à un premier niveau d’analyse pour le grand public. Ce qui n’est pas le cas de l’intersectionnalité, de l’empowerment, de la performativité, ou de la jouabilité par exemple.

Le concept de retournement du stigmate s’inscrit donc dans une sorte de fonds patrimonial des sciences humaines et sociales dans lequel les journalistes peuvent venir puiser à loisir, pour l’appliquer à bien des cas : les homosexuels, la communication politique, les migrants, les athlètes noirs, les sorcières, les monstres de dessin animés, les chasseurs…

  • Le quotidien Libération publie un billet militant contre la censure de Twitter, au titre volontiers provocateur : « Laissez-moi dire, écrire et tweeter que je suis un “pédé” ». Le journaliste défend le droit pour des militants d’utiliser des termes à priori non politiquement correct à des fins de défense de la cause, car « Le retournement du stigmate est une vieille arme militante de mobilisation des minorités, notamment sexuelles, pour décharger une insulte de son infamie » (Bardou, 2021).
  • Sur le site populaire 20 minutes, dans un portrait du nouveau Premier Ministre Jean Castex, la journaliste évoque son accent méridional (titre de l’article : « L’accent de Jean Castex, entre stratégie politique et discrimination »). Sous l’intertitre « Retournement du stigmate », elle indique que « les “stigmates” ne sont jamais des stigmates éternellement, en tout temps, en toutes situations. Ils peuvent être aussi utilisés en “positif”, comme nous le montrions dans un livre coécrit avec Mathilde Larrère. C’est ce qu’on appelle le “retournement du stigmate”, qu’a expliqué le sociologue Erving Goffman [sic] » (Lorriaux, 2020).
  • Dans une chronique littéraire sur les migrants latino-américains, Philosophie magazine explique que « La lutte est intérieure :ChicanoIndio, Indien de l’Amérique, mojado [ “humide” : terme insultant repris, par retournement du stigmate, pour désigner les “wetbacks”, ces immigrants latino-américains entrés aux États-Unis en traversant la frontière naturelle que constitue le fleuve Rio Grande] » (Anzaldúa, 2020). On notera que la notion pointe par un lien hypertexte vers une extrêmement brève définition du Wiktionnaire : « Revendication, appropriation d’une stigmatisation faite à son encontre. Ce qu’on appelle la stratégie du retournement du stigmate est une lutte de réappropriation du sens d’un mot ».
  • Sur le site Allo Ciné, le 12 avril 2020, au sujet du documentaire Les Sorcières à Hollywood, on apprend que « il y a quelque chose de vraiment cathartique à se réclamer d’une figure historique qui a subi tant de violences, et à la faire évoluer pour la faire sienne dans une dynamique de retournement du stigmate » (Fernandez, 2020).
  • Le journal Le Parisien fait retour sur une campagne de communication faite de courtes vidéos à vocation virale initiée par la Fédération nationale des chasseurs qui investit le numérique via huit vidéos qui cherchent à casser les stéréotypes sur les chasseurs, en ciblant notamment les femmes. « “L’objectif numéro un est avant tout un retournement du stigmate”, affirme Christophe Baticle, socio-anthropologue. Pour le spécialiste des questions territoriales à l’université de Picardie, la FNC cherche à casser les codes plutôt que recruter un nouveau public » (Jackowski, 2020).
  • Sur le site de Franceinfo Sport, on évoque un documentaire, Corps politiques, qui retrace « le combat de la communauté noire par le sport », en interviewant un historien des États-Unis, Nicolas Martin-Breteau. « Comme le corps noir est la cible première des insultes racistes, le sport a ainsi eu une visée d’émancipation, de libération, de retournement du stigmate, en essayant de montrer que, par la pratique athlétique, les noirs Américains sont capables de prouver la dignité de leur corps et donc que ces corps sont aussi dignes de recevoir des droits “égaux”,estime l’historien » (Merle, 2020)
  • Sur le site Cnet, enfin, au détour de conseils de programme télévisuel (« Netflix : 3 films incontournables pour une soirée d’Halloween réussie »), le journaliste bloggeur recommande « un film d’animation pour finir, et pas n’importe lequel : Hôtel Transylvanie, est sans conteste l’une des meilleures créations du studio Sony Pictures Animation. L’humour du long-métrage repose sur les mêmes ressorts que La Famille Addams : la caricature et le retournement du stigmate. Pour les monstres comme pour les membres du clan Addams, c’est les humains “normaux” qui sont bizarres et différents, pas l’inverse » (Robet, 2019).
  • On trouve même au fil de notre navigation sur internet, une marque de vêtements au titre éloquent – Cagole nomade –, qui explicite bien les choses : « La Cagole est une formule qui définit une catégorie de femmes dites “extraverties, légères et vulgaires” du sud de la France. Cette expression, qui représente un stéréotype, est dévalorisante au sein de la société. Pourtant, notre marque décide de la revendiquer. C’est ce qu’on appelle le retournement du stigmate ». Qu’un pitch marketing revendique l’appellation est en quelque sorte une apothéose, le summum de la consécration comme expression qui fait florès dans l’espace public sous forme d’une formule figée.

 

Conclusion

À l’origine du désir de rédiger cette notice, se trouve un paradoxe. Un concept sociologique circule abondamment dans le monde francophone des sciences sociales, déborde dans les cercles militants et dans l’univers journalistique, devient public. Il est très visible, il semble globalement bien compris de tous, faire partie d’un sens commun, sans renvoyer à une définition nominale explicite. Il illustre la fortune que peuvent connaître des concepts issus des travaux académiques, pourtant, on n’en connaît pas l’auteur, ou pire on l’attribue à un autre sociologue. Ce qui prouve que son succès renvoie largement à son adéquation avec le climat intellectuel et social d’une époque où beaucoup de collectifs militants se constituent en groupes « opprimés », « minorisés », « invisibilisés », et font de la lutte pour la fin de la domination, pour leur meilleure visibilité, un motif de combat, et de leur identité sociale stigmatisée ou jugée telle, un bras d’honneur lancé à la face des dominants, un retour à l’envoyeur des stigmates.


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Auteur·e·s

Mercier Arnaud

Centre d’analyse et de recherche interdisciplinaire sur les médias Université Paris 2 Panthéon-Assas

Citer la notice

Mercier Arnaud, « Retournement du stigmate » Publictionnaire. Dictionnaire encyclopédique et critique des publics. Mis en ligne le 29 avril 2021. Dernière modification le 29 avril 2021. Accès : http://publictionnaire.huma-num.fr/notice/retournement-du-stigmate.

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