Réseaux socionumériques


 

On y partage choses vues et vécues, textes et images, mèmes et extraits d’émissions de télévision, impressions et idées, colères et enthousiasmes, questions et réponses, informations, rumeurs et manipulations, écoute, soutien et encouragements mais aussi dénigrement, harcèlement et haine. Tour à tour vantés comme supports de la liberté d’expression et de l’intelligence collective, ou vilipendés comme poubelles de l’esprit et destructeurs de liens sociaux, les réseaux socionumériques sont devenus un élément central de nos vies en et hors ligne – pourvu que l’on dispose d’un accès constant à l’internet et, en particulier via son smartphone, l’outil désormais le plus répandu pour s’y connecter. En 2023, près de 60 % de l’humanité utilisent les réseaux socionumériques. Le plus puissant d’entre eux en rassemble à lui seul 37 %, soit près de 3 milliards d’utilisateur·rices actif·ves (Kemp, 2023 : 10, 182). Aucun autre groupement humain ne peut se targuer de réunir – et de potentiellement mettre en relation – autant de personnes (et d’institutions, entreprises, associations…), tout en restant à portée d’un coup d’œil et d’un glissement de doigt.

 

Réseaux de relations à but lucratif

La définition canonique des réseaux socionumériques (social network sites en anglais) est celle de dana boyd et Nicole Ellison (2007 : 211) : il s’agit de services en ligne permettant à des individus d’y construire des profils publics ou semi-publics, de les connecter avec d’autres profils et de naviguer à travers ces connexions. Même si ces services ne sont plus seulement accessibles aux « individus », mais aussi à toutes sortes d’organisations et de collectifs, ce qui rend les réseaux socionumériques « uniques » demeure : « Ce n’est pas qu’ils permettent aux individus de rencontrer des inconnus, mais plutôt qu’ils permettent aux utilisateurs d’articuler et de rendre visibles leurs réseaux sociaux. » (ibid., nous traduisons)

À cette définition en termes de relations, il faut toutefois ajouter une approche en termes d’économie politique de ces dispositifs sociotechniques. En effet, un réseau socionumérique est aussi « une coquille technique – contraignante mais vide – que remplissent les utilisateurs, générant ainsi de la valeur publicitaire pour un moindre coût » (Smyrnaios, 2018). Dans les deux cas, le rôle des utilisateur·rices est central : producteur·rices et destinataires des contenus échangés, ils et elles sont aussi à l’origine de la création de valeur monétaire, par la publicité qui leur est adressée, l’exploitation qui est faite de leurs données personnelles, éventuellement leur contribution directe par dons ou abonnements.

 

Généalogies : le social et le numérique

La généalogie des réseaux socionumériques est autant sociale que technique. La première dimension leur donne leur appellation vernaculaire. Le terme de « réseaux sociaux » renvoie aux phénomènes de sociabilité, et désigne « l’ensemble des relations qu’un individu entretient avec les autres, et des formes que prennent ces relations » (Mercklé, 2016 : 37). La sociologie nous enseigne que la sociabilité est d’intensité variable selon l’âge, le genre ou le statut social, qu’elle fait appel à des relations plus ou moins électives et guidées par l’homophilie et l’homogamie. Collectivement, elle contribue à produire et reproduire les groupes sociaux. Individuellement, elle constitue une ressource pouvant nourrir des stratégies. Ces dernières dépendent alors du capital social de chacun·e (Bourdieu, 1980), mais aussi de sa capacité à mobiliser la « force des liens faibles » (Granovetter, 1973), c’est-à-dire les ressources des individus avec lesquels on entretient des relations distantes, mais profitables car elles font accéder à d’autres cercles d’interconnaissance. Les stratégies de sociabilité consistent encore à tirer profit des « trous structuraux » qui définissent un réseau de contacts peu redondants, procurant « des bénéfices de réseau qui se cumulent plus qu’ils ne se répètent » (Burt, 1995 : 602). D’autres éléments entrent en ligne de compte pour évaluer les atouts qu’un individu peut tirer de son réseau, comme la centralité de sa position, la confiance et la réputation dont il jouit. Le contexte des relations a enfin son importance : les mécanismes opèrent différemment selon que l’on soit en situation de concurrence ou de coopération (Mercklé, 2016 : 42‑54).

En second lieu, le qualificatif « numérique », qui s’ajoute au premier terme pour former celui de « réseaux socionumériques », permet à la fois de lever une ambiguïté et d’indiquer la nature des supports de médiation considérés : c’est aux phénomènes de sociabilité tels qu’ils se développent à travers des dispositifs numériques en ligne que l’on s’intéresse. Cette histoire-là est aussi ancienne que le numérique, les premiers projets de « communautés en ligne », qui datent du début des années 1960, précédant même la mise en réseau effective des ordinateurs qui les rendront possibles (Pereira Gonçalves, 2020). Listes de discussion par courrier électronique, forums en ligne, canaux de discussion instantanée et blogs, mais aussi jeux en ligne multijoueurs et sites collaboratifs précèdent les formes qui dominent aujourd’hui le marché des réseaux socionumériques, sans avoir disparu pour autant.

 

Une typologie des réseaux socionumériques

L’histoire, déjà longue et complexe, des services (commerciaux ou non), des logiciels (libres ou propriétaires), des protocoles de communication et des matériels sur lesquels ils s’appuient déborde largement le cadre de cette notice. Une approche attentive à la question des publics pourra trouver une bonne introduction dans le dossier « Le temps long des réseaux sociaux numériques » de la revue Le Temps des médias (Clavert, Grandjean, Méadel, 2018) et dans l’anthologie dirigée par Valérie Schafer et Alexandre Serres (2017). Ces publications rappellent l’importance de lier les lignées techniques aux évolutions sociales, et de relativiser le sentiment de nouveauté en replaçant les dispositifs sociotechniques dans la généalogie des usages.

Ceci posé, il est possible d’examiner, en suivant Dominique Cardon (2019 : 152-163), une typologie des réseaux socionumériques. Selon cet auteur, deux axes de tension structurent l’expression de nos identités multiples : entre l’être et le faire d’une part (processus de subjectivation), entre le réel et le projeté d’autre part (processus de simulation de soi). À partir de ces deux axes, D. Cardon élabore quatre types d’identité en ligne qui, combinés au degré de visibilité que les réseaux socionumériques accordent aux profils de leurs utilisateurs, dessinent quatre familles de relations (voir figure 1).

Figure 1. Quatre familles de relations en ligne (Cardon, 2019 : 154) (Republié avec l’autorisation de l’éditeur. Accès : https://www.cairn.info/culture-numerique—9782724623659-page-152.htm, https://www.pressesdesciencespo.fr/fr/book/?gcoi=27246100540390)

Figure 1. Quatre familles de relations en ligne (Cardon, 2019 : 154 ; Republié avec l’autorisation de l’éditeur). Accès : https://www.cairn.info/culture-numerique–9782724623659-page-152.htmhttps://www.pressesdesciencespo.fr/fr/book/?gcoi=27246100540390)

 

En haut à gauche se situent les traits identitaires les plus évidents, ceux de l’identité civile, « incorporés dans la personne (être) et qui sont par ailleurs ressemblants (réel) » (ibid. : 156). Les réseaux socionumériques qui y correspondent appartiennent à la famille du « paravent », organisant les rencontres entre individus selon un dévoilement progressif et négocié.

La deuxième famille, en bas à gauche, est liée à l’identité narrative : de l’humeur au récit intime, ce que l’on exprime ici renvoie toujours aux traits incorporés de l’être, mais dans un sens « que l’on souhaite projeter vers les autres. » (ibid.) Ce sont les réseaux socionumériques en « clair-obscur », ceux où « les internautes s’exposent tout en se cachant » (ibid. : 158), où ils montrent ce qu’ils souhaitent montrer à ceux à qui ils souhaitent le montrer – l’importance des paramètres de visibilité et des compétences développées par les individus est ici cruciale.

En haut à droite, au croisement du réel et du faire, se définit l’identité agissante, qui a donné naissance aux réseaux socionumériques de type « phare ». Les profils y étant publics, « dans cette famille de réseaux sociaux c’est le partage de contenus qui domine » (ibid. : 160). On se rassemble autour de goûts et d’intérêts communs, on fait valoir ses réalisations professionnelles ou amateur, jusqu’à devenir parfois soi-même le contenu partagé (cas des influenceur·euses).

Enfin, la quatrième famille de réseaux socionumériques décrite par D. Cardon croise le faire et le projeté dans une identité virtuelle caractéristique des « mondes virtuels », des « espaces dans lesquels les personnes se lient entre elles à partir d’affinités qui sont beaucoup moins liées à leur personnalité hors ligne qu’à ce qu’elles cherchent à projeter en ligne à travers leur avatar » (ibid. :161).

La diversité des réseaux socionumériques laisse entrevoir la diversité des approches envisageables pour leur étude. Outre l’histoire, déjà évoquée, des dispositifs sociotechniques, les publications abordent l’analyse des relations à l’intérieur d’une communauté ou entre communautés, à partir de la théorie des graphes et de la cartographie du web (Ghitalla, 2021) ; l’analyse des pratiques des utilisateur·rices à partir de leurs traces ou d’enquêtes par entretiens et observations (Barats, 2013 ; Cordier, 2015 ; 2023) ; l’analyse des contenus produits et échangés, qu’ils soient textuels (Née, 2017), visuels (Gunthert, 2015) ou spécifiques au web comme les émoticônes (Alloing, Pierre, 2021) ou les mèmes (Wagener, 2022) ; l’analyse des dispositifs, du design d’interface à l’économie des plateformes en passant par la matérialité des smartphones (Allard, Monnin, Nova, 2022 ; Jehel, 2022).

 

Viralité et affectivité

Structurés par les liens qui unissent ou séparent les profils, les réseaux socionumériques ne vivent que par les contenus que leurs utilisateur·rices publient, partagent, commentent et détournent. Au centre de ce fonctionnement, deux phénomènes principaux : la viralité et l’affectivité. La première désigne, « au travers de la métaphore biologique, la diffusion massive et rapide de contenus en ligne via des infrastructures de partage » (Schafer, Pailler, 2022). Bien que la viralité ne soit évidemment pas née avec le numérique, celui-ci apporte les outils nécessaires à son étude et à la compréhension de ses mécanismes – c’est d’ailleurs en partant de l’épidémiologie pour aller vers les réseaux socionumériques, en passant notamment par les rumeurs et la diffusion des innovations, que Dominique Boullier (2023) propose une théorie sociale des propagations, qui constituerait une troisième génération de sciences sociales se développant après, mais sans l’exclure, la première génération dite des structures (niveau social des héritages et déterminismes) et la seconde, dite des préférences personnelles (niveau individuel des opinions et des arbitrages).

Le second phénomène est celui de l’affectivité, c’est-à-dire l’ensemble des affects qui peuvent attirer l’attention et orienter l’action de celles et ceux qui sont à la fois les publics et les utilisateur·rices des réseaux socionumériques. Travaillés par des affects qui les incitent à réagir, les publics se retrouvent placés dans la situation de travailleurs affectifs, pris dans les logiques du like (Candel, Gomez-Mejia, 2021) et du partage (Lukasik, 2021). Pour les plateformes, l’enjeu est en effet de conserver l’internaute « captif » le plus longtemps possible, de susciter le clic et la production de traces. « Les publics affectifs, au-delà de leurs pratiques affectives, s’insèrent dans une économie de l’attention, et participent à un capitalisme affectif numérique qui apparait comme un métadispositif [qui] favorise l’intensification et la circulation des documents numériques » (Alloing, 2021).

 

Promesses et limites

Viralité et affectivité mettent également sur la piste des promesses et des limites des réseaux socionumériques. Du côté des promesses, il est important de noter que le développement des réseaux socionumériques s’inscrit dans un tournant « participatif » qui touche particulièrement l’internet, mais aussi, plus largement, les médias et les industries culturelles, voire la conception des procédures démocratiques. Promue à partir de la moitié des années 2000, la participation en ligne prend différentes formes : contenu généré par les utilisateur·rices (user generated content), journalisme participatif, audiences participatives, web collaboratif, ressources et financement participatifs (crowdsourcing et crowdfunding)… Toutes ont en commun de placer l’utilisateur·rice en position non plus seulement de réception, mais aussi et surtout de production des contenus échangés. Ce tournant participatif, qui tourne à l’injonction à la participation (Rouzé, 2015), est une des incarnations de l’alliance entre imaginaire communautaire et libéralisme économique, qui constitue l’arrière-plan idéologique du développement des grandes plateformes numériques (Bouquillion, Matthews, 2010 ; Turner, 2006). Malgré les promesses de participation citoyenne ou de renouvellement du financement de la culture, les mécanismes à l’œuvre demeurent marqués par les logiques sociales et politiques antérieures et tendent souvent à les renforcer (Ballarini et al., 2019). La participation est le plus souvent limitée à certains individus au capital social et culturel élevés (Pignard-Cheynel, 2018), quand elle n’est pas un alibi pour maintenir un magistère comme celui des journalistes (Trédan, 2007).

Section « Collectes de dons » sur Facebook. Source : Capture d'écran du 25 septembre 2023.

Section « Collectes de dons » sur Facebook. Source : Capture d’écran du 25 septembre 2023.

 

L’imaginaire de l’internet est puissant – il a contribué à en forger les outils matériels et logiciels et à diffuser une idéologie permettant de mobiliser ses utilisateur·rices (Flichy, 2001). En particulier, les réseaux socionumériques ont nourri les utopies liées à la liberté d’expression et aux échanges entre égaux, capables de porter la contradiction voire de renverser les puissants. Aspirations démocratiques de peuples opprimés, mise en visibilité de groupes minorisés, critique des discriminations raciales et de genre, dénonciation des violences sexistes et policières : la liste des combats menés au moins en partie sur les réseaux socionumériques est longue et le plus souvent accompagnés d’un mot-dièse (hashtag) rassembleur (Stassin, 2022). Mais l’outil ne fait pas la révolution (Granjon, 2011). S’il permet une organisation rapide et horizontale des mobilisations en ligne ou dans la rue, il ne garantit en rien la pérennité des mouvements ou leur aptitude à négocier en fonction du contexte, d’autant que les différentes formes de pouvoir s’en servent également pour contrôler, déstabiliser ou surveiller leurs opposants (Tufekci, 2019). À d’autres niveaux, des individus ou des groupes plus ou moins organisés utilisent viralité et affectivité pour diffuser des discours de haine (Monnier et al., 2021) ou pratiquer le cyberharcèlement (Stassin, 2019). Au même titre que les pratiques politiques en ligne répondent à des logiques similaires, héritées et interdépendantes des pratiques hors ligne (Boyadjian, Theviot, 2021), les réseaux socionumériques, loin de représenter un espace public unifié et stable, constituent une myriade d’espaces tout aussi morcelés, partiellement publics et polarisés que les espaces publics hors ligne (Ballarini, 2018). Et, contrairement aux idées reçues, le fonctionnement même des réseaux socionumériques favorise la diffusion des discours conservateurs, dont le contenu et les modes de production correspondent aux affects les plus facilement partageables et aux mécanismes qui guident les recommandations algorithmiques. « Les personnes et les organisations dotées de ressources, de messages cohérents et de structures hiérarchiques efficaces sont celles en position de naviguer avec succès sur les eaux tumultueuses de l’univers numérique » (Schradie, 2022 : 23).

 

Un oligopole à réguler

Parce que l’on a longtemps privilégié l’étude de mobilisations progressistes réussies, ceci peut apparaître comme une surprise,. Mais l’ordinaire des réseaux socionumériques reflète logiquement l’idéologie néolibérale qui les a produits. C’est par la dérégulation que le paysage socioéconomique de l’internet s’est construit, aboutissant à la situation oligopolistique actuelle (Smyrnaios, 2017). La captation de l’attention et d’immenses revenus publicitaires, ainsi que l’exploitation des traces numériques des utilisateur·rices a fait des premières plateformes de réseaux socionumériques certaines des principales capitalisations boursières mondiales.

Les enjeux économiques et politiques sont donc considérables. De vastes espaces plus ou moins publics de circulation de discours et d’échanges échappent désormais aux organes de diffusion et de contrôle habituels (États, institutions publiques, médias) et ne sont régis que par quelques entreprises issues principalement de la même culture californienne dominée par une course incessante et hyperconcurentielle à l’innovation et à l’investissement (Alexandre, 2023). La situation est certes différente en Chine, où c’est l’État qui administre directement les données des citoyen·nes (Pieranni, 2021). Cependant, les questions de surveillance et de libertés individuelles sont similaires — des États occidentaux ont eu accès à des données provenant des plateformes, et la Chine dispose d’une avance dans l’intégration des réseaux que certaines entreprises étatsuniennes aimeraient imiter.

Le modèle dominant de la plateforme oligopolistique n’est cependant pas le seul. Des alternatives fleurissent régulièrement, attirant l’attention des médias et des internautes au rythme des difficultés ou des errements de gestion des grandes plateformes. Ces alternatives proposent de réactiver les utopies des échanges respectueux entre égaux, notamment par l’utilisation de logiciels libres et de systèmes décentralisés garantissant la protection des données. Mais elles demeurent jusqu’à présent dans l’ombre des réseaux socionumériques commerciaux, qui bénéficient des effets de réseaux les plus importants : pour les utilisateur·rices, la prime va au réseau qui promet le plus grand nombre de contacts possibles, ou de nouvelles modalités de communication adaptées à un segment de la population (courts messages vidéos, filtres créatifs, etc.).

Dans ce contexte, on voit émerger de nouveaux métiers, et d’autres s’adaptent à l’omniprésence des réseaux socionumériques. Tandis que les journalistes et les communicant·es se mettent à écrire par et pour les réseaux socionumériques, adaptant leurs modes de production aux spécificités de chaque plateforme, les gestionnaires de communauté (community managers) y développent un ensemble de relations avec leurs publics, renouvelant en partie les enjeux d’identité et d’image de marque. Les influenceur·euses (Appiotti, Coquelin, Malet, 2023) tentent de leur côté de faire de leur incarnation en ligne, qu’elle se rapproche d’une identité réelle ou projetée, le support d’une activité professionnelle qui se rapproche des canons de la production audiovisuelle (équipes technique, juridique, dépendance aux agents et aux partenaires commerciaux). Très visibles par nécessité, ces professionnel·les en cachent d’autres, invisibles par intérêt. L’intérêt des plateformes est d’abord que l’on ne remarque pas le travail des modérateur·rices. Aussi indispensables que mal considéré·es, ils et elles sont souvent en situation de sous-traitance ou de micro-travail numérique, subissant des conditions de travail difficiles et des risques psycho-sociaux importants (Roberts, 2019). D’autres groupes, qui peuvent être politiques ou para-étatiques, ont également intérêt à invisibiliser leur activité quand elle consiste à manipuler l’opinion, à désinformer ou à mobiliser trolls ou bots (programmes informatiques automatisés) afin d’imposer une lecture biaisée d’un problème public (Gomez-Mejia, 2017). Enfin, les algorithmes et l’intelligence artificielle dissimulent l’apparente fluidité de leurs procès derrière des contingents de travailleurs numériques invisibilisés (Casilli, 2019).

Tout comme les réseaux socionumériques n’obéissent pas tous à la même logique de rentabilité maximale, leurs publics et « utilisateur·rices actif·ves » sont eux-mêmes très divers, et ne doivent pas faire oublier les non-usages et « l’appropriation socialement différentielle des dispositifs sociotechniques » (Pasquier, 2018, p. 196). Représentant bien plus qu’une « simple » technologie de communication, les réseaux socionumériques s’inscrivent dans une économie politique des échanges en ligne qui fait face à au moins deux défis majeurs : l’appropriation citoyenne et démocratique des fonctionnements techniques (collecte et traitement des données, mécanismes de recommandation), et la régulation des entreprises aux niveaux national et international (libertés individuelles, droit du travail, protection des données, optimisation fiscale).


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Auteur·e·s

Ballarini Loïc

Arènes Université Rennes 1 Centre national de la recherche scientifique Centre de recherche sur les médiations Université de Lorraine

Citer la notice

Ballarini Loïc, « Réseaux socionumériques » Publictionnaire. Dictionnaire encyclopédique et critique des publics. Mis en ligne le 25 septembre 2023. Dernière modification le 26 septembre 2023. Accès : https://publictionnaire.huma-num.fr/notice/reseaux-socionumeriques.

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